LILY-ARISON RENÉ DE ROLAND - «La recherche menée à Madagascar peut avoir une portée mondiale»

Le Professeur Lily-Arison René de Roland, biologiste et ornithologue de renom, lauréat du prestigieux Prix d’Indianapolis 2025, revient sur son parcours et partage son regard sur la recherche scientifique à Madagascar.


Vous avez reçu le Prix d’Indianapolis, que représente cette reconnaissance pour votre parcours scientifique ?

Recevoir l’Indianapolis Prize constitue pour moi une reconnaissance majeure d’un engagement scientifique et humain de longue date. Ce prix ne récompense pas uniquement un individu, mais tout un travail collectif mené avec des chercheurs malgaches, des partenaires internationaux et surtout des communautés locales. Il confirme que la recherche menée à Madagascar peut avoir une portée mondiale.

En quoi cette distinction met-elle en lumière la recherche et la conservation de la biodiversité à Madagascar ?

Cette distinction attire l’attention internationale sur Madagascar, l’un des pays les plus riches en biodiversité et en espèces endémiques. Elle montre que les scientifiques malgaches jouent un rôle central dans la production de connaissances et dans la mise en œuvre d’actions concrètes de conservation. C’est également un signal fort pour soutenir davantage les efforts nationaux en matière de protection des écosystèmes.

Quels travaux ou projets ont particulièrement retenu l’attention du jury international ?

Je pense que la redécouverte d’espèces que l’on croyait disparues a marqué les esprits. Nos recherches sur les rapaces malgaches et la création de nouvelles aires protégées ont également été déterminantes. Ces projets combinent exploration scientifique, formation de jeunes chercheurs et implication des communautés locales dans la gestion durable des ressources naturelles.

Ce prix peut-il contribuer à renforcer la coopération scientifique entre Madagascar et les institutions étrangères ?

Oui, sans aucun doute. Une reconnaissance internationale de cette ampleur favorise les partenariats académiques et institutionnels. Elle ouvre de nouvelles perspectives de collaboration, de financement de projets et de mobilité scientifique. Le partage d’expertise est essentiel pour faire face aux défis environnementaux globaux.

Quels sont aujourd’hui les principaux défis de la protection des oiseaux et des écosystèmes malgaches ?

Les défis majeurs demeurent la déforestation, les feux de brousse, l’exploitation non durable des ressources et les effets du changement climatique. La fragmentation des habitats menace directement de nombreuses espèces endémiques. La conservation doit s’accompagner d’alternatives économiques viables pour les populations locales afin d’assurer une protection durable.

Comment percevez-vous l’évolution de la recherche ornithologique à Madagascar ces dernières années ?

La recherche ornithologique a connu une évolution positive. De plus en plus de jeunes scientifiques malgaches s’engagent dans ce domaine et les collaborations internationales se renforcent. Si je ne cite que le cadre du projet The Peregrine Fund, en collaboration avec les universités de Madagascar, nous avons pu former plus de 150 étudiants en Master (ou Diplômes d’Études Approfondies « DEA »), en doctorat et en habilitation à diriger des recherches (HDR). Les outils technologiques modernes, comme le suivi satellitaire, à l’exemple du Faucon concolore, un oiseau qui migre à Madagascar chaque année entre les mois de novembre et avril, améliorent considérablement nos connaissances. Toutefois, il reste nécessaire d’investir davantage dans la formation et les infrastructures locales.

Cette récompense peut-elle encourager de jeunes scientifiques à s’engager dans la biologie et la conservation ?

Je l’espère sincèrement. Si cette reconnaissance peut inspirer une nouvelle génération de chercheurs malgaches à croire en leur potentiel et à s’investir dans la science, alors elle aura une valeur encore plus grande. La conservation de la biodiversité dépend de la relève scientifique.

Quels projets souhaitez-vous développer à court et moyen terme grâce à cette reconnaissance ?

À court terme, je souhaite renforcer les programmes de recherche sur les espèces menacées et consolider la gestion des aires protégées existantes. À moyen terme, mon objectif est d’élargir les initiatives de formation doctorale à l’Université de Toliara et dans tout Madagascar, afin de bâtir une expertise nationale solide et durable.

Comment les communautés locales peuvent-elles être associées aux efforts de préservation de la biodiversité ?

L’implication des communautés locales est indispensable. Elles doivent être partenaires et non de simples bénéficiaires. Cela passe par l’éducation environnementale, le développement d’activités génératrices de revenus compatibles avec la conservation et leur participation active à la gestion des ressources naturelles. La conservation ne peut réussir sans leur adhésion.

Quel message souhaitez-vous adresser aux décideurs et aux partenaires internationaux concernant la protection de la nature ?

Je souhaite rappeler que la biodiversité de Madagascar est un patrimoine mondial. Sa protection nécessite un engagement politique fort, des financements durables et une coopération internationale équitable. Investir dans la nature, c’est investir dans l’avenir de l’Humanité. La science doit guider les décisions et la solidarité internationale doit accompagner les pays qui abritent cette richesse exceptionnelle.

 Mialisoa Ida

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