Itaosy-Unis et au-delà

Les embouteillages vers Andohatapenaka offrent une vue imprenable sur une digue et les bas-côtés de la chaussée d’une saleté indescriptible dont on s’épargne les effluves pestilentiels en remontant hermétiquement les vitres. 

On arrive enfin péniblement à la bonde-exutoire du pont d’Ampasika-sur-Ikopa. La passerelle, à l’assaut de laquelle part de bonne heure un flot ininterrompu de scooters, s’écroule sous le poids d’années sans entretien et croule sous le poids de sa responsabilité de presque unique «pont-frontière» entre Voromahery et Ambodirano. 

Les citoyens des «Itaosy-Unis» ne méritent pas ce sort que je n’imagine pas m’infliger tous les jours. C’est combien en perte de productivité cette appréhension anxieuse dès le réveil, cet énervement résigné à rouler au pas entre deux longs arrêts. Et toute cette foule dont l’omniprésence compacte «fait son», ce murmure sourd sur fond de pétarades d’échappements libres.

«Itaosy-Unis» en exemple-type de tous les maux vécus au quotidien et subis à longueur d’année par le «Grand Tana», victime collatérale de la saturation de l’Antananarivo-Renivohitra et déjà en apoplexie urbanistique. Absence de décentralisation, entre un Antananarivo concentrationnaire et un Madagascar de désert médical, scolaire, logistique, sécuritaire, administratif. Explosion démographique depuis que les progrès de santé publique contre la peste, la grippe espagnole, le choléra, voire le covid-19, n’ont pas été suivis d’une croissance économique forte et durable. Sous-équipement d’une agglomération condamnée, en l’état, à manquer d’eau : dans les siècles passés, les habitats collinaires ainsi «asséchés» avaient dû se résoudre à suivre la gravitation des sources : descendre, et donc partir ailleurs.

Les ancêtres pensaient avoir fait le plus dur : le choix judicieux d’une «capitale montagnarde» qui commandait une mer de rizières. Mais, constamment remblayée, la cuvette a perdu son sens stratégique et sa vocation nourricière, continuant pourtant d’attirer et s’étouffant sous une urbanisation - sans cohérence ni vision et moins encore de moyens - présentée avant-hier comme un «défi» (Banque mondiale, mars 2011) alors qu’en ces conditions, elle est déjà malédiction. 

Nasolo-Valiavo Andriamihaja 

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