Dans l’attente de la décision du Chef de l’État, les surenchères sont intenses pour aligner des candidats au poste de Premier ministre. Les déclarations à la presse et les communiqués s’enchaînent.
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| Une photo prise durant une réunion conduite par l’ancien Premier ministre, a la salle du Conseil du palais de Mahazoarivo. |
De surenchère en surenchère. Sauf revirement, l’identité du nouveau Premier ministre devrait être connue demain. Seulement, dans l’attente, une véritable bousculade est constatée au sein de l’arène politique pour inscrire des noms dans la liste des premiers ministrables à remettre au colonel Michaël Randrianirina, Chef de l’État. Une situation qui tend à virer au cirque politique.
Dans le communiqué annonçant la fin de mission de Herintsalama Rajaonarivelo, Premier ministre sortant, la présidence de la Refondation de la République note que la nomination de son successeur se fera « suivant les prescrits constitutionnels ». La Constitution de 2010, qui est toujours en vigueur, dispose à son article 54 que « le Président de la République [le Chef de l’État en l’occurrence] nomme le Premier ministre, présenté par le parti ou le groupe de partis majoritaire à l’Assemblée nationale ».
Bien que n’étant pas en session, les députés se revendiquant de la nouvelle majorité parlementaire, après la crise de septembre et octobre, ainsi que leurs alliés, cogiteraient sur un ou des noms à présenter au locataire d’Iavoloha. Une source avisée déplore que « les mauvaises pratiques aient la peau dure à Tsimbazaza ». Une fois de plus, les surenchères et les recherches de contreparties seraient les règles du jeu.
En parallèle, les déclarations à la presse et les communiqués relatifs à la nomination du Premier ministre inondent les débats politiques et les réseaux sociaux. Il y a ceux qui se disent Gen Y ou Z « officiels», qui donnent leurs favoris. D’autres organisations affirment aussi avoir été au front des manifestations de septembre et octobre pour démontrer leur légitimité à proposer des noms ou à dresser le profil du Premier ministre idéal.
Avis de la HCC
Visiblement, certains au sein de ces organisations de jeunes issues des mouvements populaires de l’année dernière sont déjà contaminés par les mauvaises pratiques de leurs aînés au sein de l’arène politique. Sur les réseaux sociaux, les rivalités entre ceux qui se disent vrais Gen Z et ceux qui se revendiquent Gen Y ou Z « officiels » sont palpables. Il y a ceux qui dénoncent que certains utiliseraient l’étiquette Gen Z pour « demander de l’argent en échange de lobbying pour le siège de Premier ministre ».
Les surenchères, d’éventuelles usurpations de titre et de probables trafics d’influence polluent ainsi les débats publics autour de la désignation du futur locataire de Mahazoarivo. Constatant la brèche, de vieux briscards de l’arène politique tentent de s’y engouffrer. Hier, plusieurs d’entre eux ont donné de la voix par des déclarations médiatisées. Certains théorisent sur le profil type du Premier ministrable, tandis que d’autres affirment avoir proposé « deux noms », bien qu’aucun d’entre eux ne soit député.
Même les membres du groupe parlementaire IRMAR, qui sont restés fidèles à Andry Rajoelina, ancien président de la République, entrent dans la mêlée. Dans un communiqué publié hier, les Oranges revendiquent le droit de présenter le nom du Premier ministre en mettant en avant un avis de la Haute Cour constitutionnelle (HCC) datant de 2014.
« La présentation du Premier ministre revient au parti ou groupe de partis légalement constitué lors du dépôt des candidatures et ayant obtenu le plus grand nombre de députés aux élections législatives », avait déclaré la Cour d’Ambohidahy dans cet avis. Dans ce cafouillage, par ailleurs, figurent les organisations syndicales et autres associations qui s’activent pour défendre ou demander le remplacement de ministres sortants. Certains anciens ministres vont eux-mêmes au charbon dans l’espoir de garder leur portefeuille.
Visiblement, si beaucoup réclament une refondation institutionnelle ou structurelle, peu ont conscience que la première refondation passe par une remise en question individuelle et collective, par un changement d’état d’esprit et de mentalité. Une refondation de la pratique politique s’impose.
Garry Fabrice Ranaivoson
