Ancien secrétaire exécutif du CSI, aujourd’hui à la tête de l’ONG Tolotsoa, qui intervient dans les domaines de la gouvernance, de l’intégrité et de la démocratie, Brice Lejamble nous apporte son regard sur la pratique de l’État à Madagascar.
Vous venez de publier un livre intitulé «La capture de l’État». S’il fallait en faire un bref résumé, que doit-on retenir ?
Retenons que si l’État est capturé, c’est que nous avons laissé faire. C’est un phénomène insidieux qui prend sa source dans le renoncement progressif au rôle des citoyens. Après les années 90, les partis se sont noyés dans la course aux sièges, oubliant leur mission originelle de pourvoyeurs d’idées. Depuis, ils sont devenus des machines électorales.
De qui, de quoi l’État malgache est-il l’otage ?
L’État malgache s’est laissé embarquer dans une spirale de complicités qui augure mal de l’avenir. La haute administration gagnerait en crédibilité en s’affirmant sur la base de son statut, sans crainte des aléas de la politique.
Parlant de crédibilité de l’État, comment sortir de la spirale de la corruption qui gangrène justement les rouages de l’administration ?
La gangrène n’est pas venue d’un coup, elle est le fruit de compromis indécelables qui se sont peu à peu mués en compromissions. Le nouveau Premier ministre, issu du système anti-corruption, connaît bien le sujet. Il pourra agir sûrement et rapidement. La société civile pourra lui apporter l’appui nécessaire.
Êtes-vous d’accord avec l’historien et politologue Achille Mbembe, qui prédit que l’Afrique connaîtra de plus en plus de coups d’État ?
Les coups d’État — on en a l’expérience depuis 1975 — ne sont que l’aboutissement d’un affaiblissement de l’État, suite aux renoncements évoqués plus haut. À partir de là, tout est possible, tant qu’il n’y aura pas de consensus sur la manière de gérer la transition.
Dans une interview que vous avez accordée à la diaspora, vous avez dit que le salut passerait — entre autres — par la société civile. Avec l’avènement du mouvement GenZ à Madagascar, vos vœux ont-ils été exaucés ?
La société civile, c’est nous tous, les sans-voix, ceux qui vivent ce drame national sans pouvoir agir. La société civile, avant-garde de la société tout court, tente de traduire en mots ce que tous ressentent au quotidien. Les espoirs nés en octobre sont largement déçus, mais voyons l’avenir. Le rôle de la transition demeure de préparer la suite dans les meilleures conditions.
Rondro Ramamonjisoa
