À Analakely, une table ronde a réuni des acteurs majeurs du théâtre pour réfléchir à son avenir et à sa transmission aux nouvelles générations.
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| Les acteurs du théâtre malgache réunis à Analakely pour réfléchir à l’avenir de la scène. |
Face aux défis qui fragilisent aujourd’hui le théâtre malgache, une conviction s’impose : transmettre la passion aux jeunes générations reste la clé pour le faire renaître. À l’occasion de la Journée mondiale du théâtre, célébrée hier à l’Ivokolo Analakely, une table ronde a rassemblé plusieurs figures du milieu, dont Mbato Ravaloson, metteur en scène, auteur et professeur à l’université, Christiane Ramanantsoa, metteuse en scène, ainsi que Christian Rabekoto, directeur général de l’Ofnac. Ensemble, ils ont dressé un état des lieux sans détour, tout en esquissant des pistes pour redynamiser cet art vivant.
Au cœur des échanges, le constat est clair : le théâtre malgache traverse une période difficile. « Le théâtre repose sur trois piliers : l’auteur, l’acteur et le public», rappelle Mbato Ravaloson. Pourtant, aujourd’hui, cet équilibre est fragilisé. Les troupes existent encore, mais peinent à survivre. En moyenne, une troupe ne produit que trois spectacles par an. Les conditions de travail sont précaires : manque de lieux de répétition, difficulté d’accès aux scènes équipées, contraintes de temps, notamment les week-ends. Des espaces emblématiques comme ceux d’Isotry ou d’Analakely ne sont plus disponibles, certains ayant été transformés ou abandonnés, notamment au profit d’activités religieuses ou faute de sécurité.
Autre réalité marquante: le théâtre ne fait plus vivre ses comédiens comme auparavant. Les costumes proviennent souvent de moyens personnels, et la question du cachet des comédiens reste une préoccupation constante. Jadis, des troupes comme celle de Jeannette effectuaient des tournées, témoignant d’un dynamisme aujourd’hui affaibli. L’influence étrangère et l’évolution des goûts contribuent également à détourner les jeunes de cet art.
Une école
Malgré cela, la passion demeure un moteur essentiel. « Si le théâtre continue d’exister, c’est parce qu’il est transmis », souligne Mbato Ravaloson, héritier d’une tradition familiale initiée par son père, Charles Ravaloson, premier Malgache formé dans une école de théâtre à l’étranger. Cette transmission se poursuit au sein de sa famille, où enfants et proches s’investissent dans l’écriture et la pratique théâtrale.
Les intervenants insistent ainsi sur l’importance de former et d’éveiller les jeunes. Car le théâtre est aussi une école : il enseigne la rigueur, la discipline et développe une sensibilité artistique. « Il ne suffit pas d’exister, il faut se construire», est-il rappelé, soulignant que cet art exige engagement et persévérance. La passion constitue d’ailleurs la première différence entre un simple artiste et un véritable homme ou une véritable femme de théâtre.
Sur le plan artistique, le théâtre malgache continue néanmoins d’évoluer. Il devient bilingue, alternant entre malgache et français, et attire progressivement un nouveau public. Chaque élément sur scène — texte, jeu, musique — porte un sens et renforce le message, comme l’explique Christiane Ramanantsoa. Le théâtre ne se limite pas à la scène : il s’inscrit dans une démarche globale de création et d’expression.
Pour accompagner cette évolution, des initiatives émergent. Christian Rabekoto évoque notamment la mise en place d’un registre national des acteurs culturels, intégrant toutes les disciplines artistiques. Des plateformes numériques existent déjà pour les musiciens, avec des bases de données facilitant la recherche de talents. Une démarche similaire est envisagée pour le théâtre, avec un système de vérification pour garantir l’authenticité des profils.
Enfin, la question de la professionnalisation reste centrale. Dans d’autres pays, une pièce peut être préparée pendant un an et jouée sur la même durée, un modèle encore difficile à atteindre à Antananarivo. Le théâtre malgache reste ainsi sous-valorisé, malgré son potentiel dans l’industrie culturelle.
Entre contraintes et espoirs, une certitude se dégage de cette rencontre : le renouveau du théâtre passera par l’amour de cet art et sa transmission aux jeunes. Car, au-delà des difficultés, le théâtre demeure un espace de création, de réflexion et de partage, capable de se réinventer pour toucher à nouveau le cœur du public.
Cassie Ramiandrasoa
