Le thème de la commémoration du 29 mars 1947 fait écho aux objectifs du pouvoir militaire. Par cet événement, l’État veut insuffler la dynamique de la refondation au sens du patriotisme.
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| Des jeunes brandissant le drapeau national durant l’ouverture de l’exposition sur l’histoire de la lutte d’indépendance, à Anosy, le 20 mars. |
Lutte pour la liberté : Refondation du patriotisme». Tel est la traduction libre en français du thème de la commémoration de l’insurrection d’indépendance du 29 mars 1947, cette année. Un thème aligné au leitmotiv du pouvoir, qui est la refondation de la République.
« Ce thème signifie le renouveau de la dignité du peuple malgache, une refondation de la culture et des traditions qui n’ont pas été respectées durant la période coloniale, et que nous allons accorder avec l’époque actuelle, marquée par la dynamique de refondation de Madagascar », est l’explication donnée par le comité d’organisation, durant la présentation du thème et du logo du 79e anniversaire de l’insurrection d’indépendance, le 16 mars dernier, au ministère des Forces armées.
Les responsables de l’organisation des événements commémoratifs du 29 mars 1947 insistent sur le fait que cet événement « est un moment qui devrait raviver la flamme du patriotisme chez chaque citoyen, notamment les jeunes. » À cet effet, des séries d’expositions sur l’histoire de la lutte pour l’indépendance et sur les événements de 1947 sont organisées dans plusieurs villes du pays. Pour Antananarivo, une exposition est ouverte au public sur les rives du lac Anosy depuis le 20 mars.
Valeurs
Cependant, les événements préliminaires à la commémoration de l’insurrection d’indépendance ont été occultés par le changement du gouvernement. Un sujet qui a dominé les informations et les débats publics durant ces deux dernières semaines. Afin de rattraper le coup, un matraquage médiatique, notamment à la télévision et à la radio nationale, est mené depuis jeudi. Toutefois, les différentes interventions mettent l’accent sur le programme et les modalités d’organisation des événements.
L’accent semble être mis sur la forme de la commémoration plutôt que sur le fond. En cette année 2026, en ce 21e siècle, et en tenant compte de la mobilisation populaire récente dans le pays, la commémoration du 29 mars 1947 devrait être l’occasion de donner le coup d’envoi à des travaux de réflexion sur la conception collective et individuelle du patriotisme. Tous s’accordent que ceux qui ont sacrifié leur vie pour le pays sont des patriotes.
Il y a aussi ceux qui défendent des idéaux, quitte à aller au front des revendications populaires, pour affirmer leur patriotisme. Malheureusement, certains déçoivent et trahissent les idéaux claironnés lorsqu’ils ont l’opportunité de conduire les affaires publiques, de décider, de changer les choses. Pas besoin de le crier sur tous les toits ou d’être sous les projecteurs pour être patriote. Chacun, à son niveau, chaque citoyen peut faire preuve de patriotisme en traduisant en acte au quotidien les valeurs comme la droiture, l’intégrité, le respect mutuel et le sens du travail.
Ces valeurs, qui tendent à se perdre actuellement, peuvent pourtant impulser une dynamique collective et nationale menant vers le progrès et le développement durable du pays. La refondation de la République implique aussi une prise de conscience individuelle. Toutefois, à l’instar des préparatifs de la commémoration du 29 mars, les questions de fond et de valeurs autour de la refondation sont éclipsées par les épanchements et les objectifs politiques. Il est encore temps de procéder à quelques réajustements des sujets de débat avant la concertation nationale.
Un programme classique
Le programme des cérémonies de commémoration de l’insurrection d’indépendance de 1947 est le même que celui des années précédentes. Le top départ des événements sera donné au mausolée d’Avaratr’Ambohitsaina, par un dépôt de gerbes de fleurs effectué par le colonel Michaël Randrianirina, Chef de l’État. Il s’envolera ensuite pour Moramanga, afin de présider une autre cérémonie commémorative. En parallèle, une cérémonie de dépôt de gerbes de fleurs se tiendra également à Ambohijatovo, devant la stèle des martyrs de la nation. Un autre événement commémoratif se déroulera aussi au Mausolée des martyrs de 1947, à Manakara.
Garry Fabrice Ranaivoson
