Scène insoutenable mercredi à Tsarahonenana Antsirabe. Trois hommes ont été brûlés vifs par la population. Leur crime aurait été d’avoir éventré une femme enceinte et enlevé ses yeux. Malgré l’intervention de la gendarmerie pour empêcher la barbarie, le drame n’a pas pu être évité. Ce n’est pas la première fois que cette forme de justice sans enquête ni procès a été constatée. Il y a une dizaine d’années, des ressortissants italiens, accusés d’être pédophiles ont subi le même sort à Nosy Bé. Un crime abominable qui a hypothéqué l’avenir du tourisme déjà chancelant à l’époque.
Plus d’une dizaine d’années après rien ne semble avoir changé. Les mots changement et refondation paraissent insensés aux yeux d’une partie de la population. La justice populaire s’étend d’un bout à l’autre du pays pour une dénonciation calomnieuse, pour un larcin ou pour un viol.
Autant le meurtre que le jugement par le feu est répréhensible. Tout cela est le résultat d’une justice partiale, corrompue et inéquitable pendant de longues années. La Refondation commence à peine et l’appareil judiciaire est en train de faire le ménage que cette affaire éclate. Mais c’est aussi les corollaires de la descente aux enfers de l’éducation. La valeur de la vie n’a plus aucun sens autant pour les bandits que pour les justiciers. Pour une population composée de 80% de pauvres dont le niveau scolaire ne dépasse pas le primaire, on ne peut pas simplifier les choses et réduire la situation au sacro-saint principe « Nul n’est censé ignorer la loi». Justement, puisque ces 80 % ne savent même pas ce qu’est un crime ou un délit. Ils ont certainement appris les dix commandements mais ils ignorent tout du code pénal.
Comment peut-on affirmer que « nul n’est censé ignorer la loi» dans un pays où les débats restent encore au niveau des pâquerettes alors que le meilleur ennemi est la pauvreté et la corruption.
Il ne suffit pas de se fier à ce principe judiciaire valable dans un pays où la majorité de la population connaissent bien leurs obligations et leurs devoirs.
Si le développement n’arrive pas à décoller, c’est parce qu’on met Madagascar au même niveau que les grands pays au nom de la mondialisation alors que tout nous en éloigne, en l’occurrence le niveau d’éducation, le niveau de vie, le climat des affaires, la sécurité des investissements, la mortalité infantile, la malnutrition, les problèmes d’eau et d’énergie, le niveau du PIB consacré à l’éducation et à la santé. Mais on achète le même prix du sans plomb qu’en Europe pour un revenu de 2 dollars par jour, selon la Banque mondiale.
Des appréciations erronées qui font échouer tout plan de redressement de l’économie. C’est le vrai drame.
Sylvain Ranjalahy