Un prévenu a rendu l’âme à la prison d’Antanimora où il était détenu pendant 10 ans sans avoir eu droit à un procès. Ce n’est pas un cas isolé dans une prison où les prévenus et les condamnés partagent la même galère, où les prévenus sont plus nombreux que les condamnés. Une prison où les conditions inhumaines dans lesquelles vivent les prisonniers ont été maintes fois dénoncées par l’opinion internationale sans qu’il y ait un changement. Certes, de nouvelles prisons plutôt luxueuses ont été construites, dont celle de Manjakandriana inaugurée en novembre, mais cela n’a pas désengorgé Antanimora. C’est juste l’enfer pour ceux qui ont la malchance de devoir y séjourner, coupables ou pas, condamnés ou prévenus. Car si plusieurs ministères successifs, dont l’actuel titulaire du poste, y ont fait une visite et ont promis de réduire le nombre de prévenus et de faire de la mise en détention préventive une exception, pour le moment les réalités restent cruelles. Le précédent régime s’est distingué par des arrestations et des emprisonnements arbitraires, il est temps, au nom de la Refondation, de revoir de fond en comble le système judiciaire.
La ministre de la Justice et garde des sceaux a annoncé récemment la création d’une nouvelle peine à la place de l’emprisonnement. Ce n’est pas trop tôt, étant donné qu’à Antanimora se mêlent les criminels et les voleurs de canards. La corruption est telle que même des certificats médicaux semblent douteux, dans la mesure où un état grippal et des risques de hausse de la tension artérielle sont assortis de vingt-et-un jours d’incapacité de travail. Et, conformément à la loi, le juge prononce la mise en détention préventive.
Le drame, c’est qu’elle peut durer une éternité, soit parce que le plaignant fait tout pour renvoyer le procès aux calendes grecques, soit parce que le dossier disparaît comme par enchantement sans que l’affaire soit classée.
On ignore pour quel délit ou crime cette victime a été admise en détention préventive, mais dans tous les cas, il est inadmissible de rester en prison sans être jugé. Sa mère a retrouvé le corps sans vie de son fils sans avoir pu en avoir le cœur net, s’il était coupable ou pas. On espère de tout cœur que l’erreur sera réparée lors du jugement dernier. Amen.
Le développement du pays dépend énormément de la crédibilité du système judiciaire. Le tourisme, la sécurité des investissements, le climat des affaires, la lutte contre la corruption, la confiance de l’opinion et des justiciables… Il reste beaucoup de chemin à faire. Il est bien évident qu’on ne peut pas réparer en trois mois, 10 ans, voire plus, de négligence, de gabegie et d’anarchie. C’est écrit dans l’évangile de Saint Juste.
Sylvain Ranjalahy