Dessine-moi Toamasina en 2125

136 millions ariary collectés par la communauté chinoise ; 65 milliards ariary offerts par le gouvernement chinois ; 1,7 million euros mobilisés par ECHO, service en charge de la protection civile et de l’aide humanitaire de l’Union européenne ; 5 millions de dollars mobilisés par le Fonds d’intervention d’urgence des Nations Unies ; un plan de réponse d’urgence de 37 millions de dollars déployé par la Banque mondiale...

Se peut-il qu’un jour, cette solidarité internationale se lasse et s’assèche ? 

Après le cyclone de février-mars 1959, le général de Gaulle avait accordé son patronage au comité chargé d’animer et de diriger «une vaste campagne de solidarité en faveur des sinistrés de Madagascar». En ce temps-là, la République malgache n’avait pas encore été proclamée : le 11 avril, prenaient seulement fin les travaux du Comité Consultatif Constitutionnel au Palais de l’Assemblée nationale ; et le 21 avril, s’ouvrait à Tsimbazaza la session de l’Assemblée nationale constituante, sous la présidence du Ministre français de la Coopération. 

Depuis, en soixante-cinq ans de République malgache, chaque saison cyclonique égrène, plus ou moins fidèlement, les mêmes communiqués de «dégâts» que suivent tout aussi classiquement les offres d’aide internationale. Une impression inconfortable de déjà vu et de toujours entendu. Le plus navrant, c’est ce même paysage de cases littéralement soufflées dans des villes qui semblent entièrement de tôle ondulée. «Oblique, horizontale, verticale; en couverture, comme cloison intérieure, en façade par Isorel pris en sandwich entre deux pans de tôle : la tôle ondulée dans tous ses états renvoie l’image d’une bidonville», comme j’avais déjà pu écrire en commentaire sous les photos que François-Xavier Gbré avait prises dans la Capitale (2024). 

Si même la Capitale est de pièces rapportées, matériaux divers mais surtout de récupération, bricolage hétéroclite de bric et de broc, comment s’étonner d’un «pays profond» de bric-à-brac. 

La case de roseau a été balayée comme le fétu de paille qu’elle était. D’aucuns objecteront que, tout en matériau végétal du pays, elle sera plus facile et moins coûteuse à reconstruire. Mais, pendant combien de temps encore faudra-t-il se résigner à vivre comme en 1927 (année du précédent cyclone dont les dégâts considérables sur Tamatave furent  documentés) alors qu’on attaque 2026 ? 

Un vieil ami m’a instamment demandé un «papier objurgationnel» : reconstruire Toamasina sur ses ruines, mais reconstruire Toamasina autrement. Les urbanistes les plus visionnaires et les architectes les plus talentueux, tous mis à contribution, pour imaginer et aménager le Toamasina d’un autre siècle supplémentaire, 2125. 

Une fois dégagés les troncs déracinés de palmiers décapités et récupérées les tôles ondulées éparses, une image se fit nette : sur l’avenue principale de Toamasina, deux bâtiments emblématiques et indemnes, la succursale de la Banque BFV/SGM devenue BRED et l’agence de la Banque centrale. À Moramanga, une autre image, plus triste mais pas moins révélatrice : une «Trano Gasy» éventrée par le cyclone, mais qui aura tenu le coup des météores successifs depuis sa construction en 1913. Une «Trano Gasy» traditionnelle, une maison coloniale de caractère, un bunker monolithique en béton : trois approches architecturales dont on peut optimiser les vertus respectives en fonction du climat, de la météo, de la culture et de son esthétique. Motivation tout de même plus gratifiante, parce que pas de simple aumône, pour la levée de fonds du siècle. 

Nasolo-Valiavo Andriamihaja 

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