La ministre des Affaires étrangères a été reçue par le président de la Commission de l’Union africaine, hier, à Addis-Abeba. Il s’agit de la première rencontre officielle entre les représentants des autorités de la refondation et de l’instance exécutive de l’UA.
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| Poignée de main entre la ministre des Affaires étrangères et le président de la Commission de l’UA, hier. |
Un signal positif. C’est ainsi qu’une source diplomatique qualifie la rencontre entre Christine Razanamahasoa, ministre des Affaires étrangères, et Mahamoud Ali Youssouf, président de la Commission de l’Union africaine (UA), hier, à Addis-Abeba.
Selon la source contactée, «cette rencontre constitue une étape importante dans le lobbying diplomatique pour la réhabilitation de Madagascar auprès des instances de l’UA». La Grande Île est en effet suspendue des activités de l’organisation continentale depuis la prise de pouvoir des autorités militaires. La délégation malgache n’a ainsi pas pris part aux débats de son 39e Sommet. Néanmoins, la cheffe de la diplomatie malgache a été reçue par le président de la Commission de l’UA en marge de l’événement.
Il s’agit de la première rencontre officielle entre une délégation de haut niveau des autorités de la refondation de la République et le patron de l’instance exécutive de l’Union africaine. Le ministère des Affaires étrangères indique justement que « maintenir une présence diplomatique soutenue et intensifier les actions de plaidoyer et de lobbying engagées depuis le début de la refondation » est l’objectif de la délégation conduite par Christine Razanamahasoa à Addis-Abeba.
Durant cette rencontre d’hier, Christine Razanamahasoa « a présenté l’évolution de la situation politique et des avancées dans le cadre du processus de refondation (…) », rapporte le communiqué du ministère des Affaires étrangères. La missive ajoute que, pour sa part, Mahamoud Ali Youssouf « a exprimé sa satisfaction quant à l’évolution de la situation » à Madagascar. Il aurait également « assuré du soutien de l’Union africaine au processus de refondation et de la volonté de la Commission de l’Union africaine de travailler avec les autorités de la refondation ».
Coordination et cohérence
Probablement pour souligner le bon déroulement de la rencontre d’hier, le communiqué ministériel indique que Christine Razanamahasoa a fait part d’une invitation de Mahamoud Ali Youssouf, de la part du colonel Michaël Randrianirina, Chef de l’État, pour une visite à Madagascar. Une invitation « à laquelle le président de la Commission de l’Union africaine a répondu favorablement », affirme le ministère des Affaires étrangères.
Dans les rangs de la diplomatie malgache, cette étape est mise en avant comme «le résultat des travaux de couloir menés par les équipes du ministère des Affaires étrangères depuis quelques semaines». Des lobbyings via des canaux diplomatiques bilatéraux et multilatéraux lors desquels la ministre Razanamahasoa a été en frontline, selon les explications.
Du côté de la présidence de la refondation de la République, des voix se félicitent également de cet acquis diplomatique. Elles soutiennent que « cette séquence diplomatique est le résultat d’une collaboration directe et efficace fondée sur le dialogue, la confiance et la connaissance fine des équilibres institutionnels », entre la directrice de cabinet de l’institution présidentielle et celui du président de la Commission de l’UA.
Ce satisfecit de part et d’autre indique l’importance accordée par les tenants du pouvoir à la rencontre d’hier. La réhabilitation de Madagascar auprès des instances de l’UA étant l’un des objectifs diplomatiques des autorités de la refondation. De prime abord, il y a une évolution positive de la position de l’instance exécutive de l’organisation continentale.
La volonté de la Commission d’accompagner Madagascar « se fera à travers le renforcement du bureau de liaison de l’Union africaine à Antananarivo et la création d’un groupe de contact international afin de mieux assurer la coordination et la cohérence des appuis des partenaires internationaux », soutient le communiqué du ministère des Affaires étrangères. Il y aura plus de coordination avec les démarches de la Communauté de développement des États d’Afrique australe (SADC), notamment.
En marge du Sommet d’Addis-Abeba, Elias Magosi, secrétaire exécutif de la SADC, a expliqué à Mohamed Idriss Farah, envoyé spécial du président de la Commission de l’UA pour Madagascar que l’organisation régionale « avait choisi de travailler de manière constructive avec les autorités intérimaires pour faciliter les réformes et préparer le terrain pour les élections plutôt que de recourir à la suspension (…) »
Mahamoud Ali Youssouf encourage l’organisation «d’une concertation nationale inclusive», ajoute, du reste, le communiqué ministériel. La missive ne parle cependant pas de la position de l’organisation continentale sur le retour à l’ordre constitutionnel. Après sa rencontre avec le Chef de l’État, à Ivandry, le 2 février, Mohamed Idriss Farah a en effet déclaré que « [c’est] cette élection présidentielle [qui] verra les sanctions contre Madagascar levées ».
Le communiqué final du 39e Sommet de l’UA rapporte, par ailleurs, que « les chefs d’État et de gouvernement ont réaffirmé l’engagement indéfectible de l’Union en faveur de la tolérance zéro pour les changements inconstitutionnels de gouvernement et ont réitéré leur détermination de faire taire les armes en Afrique (…) ». Après l’élan positif de la rencontre d’hier, la prochaine étape est, vraisemblablement, de convaincre l’organe suprême de l’organisation, la Conférence des Chefs d’État et de gouvernement.
Garry Fabrice Ranaivoson
