Le secteur minier malgache doit respecter les exigences boursières et des normes dont la gouvernance. L’enjeu est d’en faire un moteur d’emplois formels et durables.
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| Un site minier à Madagascar. |
Dépendance aux géants. Sur la Grande Île, le secteur minier repose sur un petit nombre d’acteurs cotés sur les marchés internationaux majeurs. Selon le rapport EITI 2023 publié le 31 décembre 2025, seules cinq entreprises sont concernées : Dynatec Madagascar (DMSA), Ambatovy Minerals (AMSA), QIT Madagascar Minerals (QMM), ERG (Madagascar) Ltd et Base Toliara, récemment renommée Vara Mada. Ces sociétés sont présentes à Tokyo, Londres, Toronto, Sydney, Nagoya et Fukuoka, où la transparence et la conformité sont strictement contrôlées.
Ces obligations ne sont pas anodines. « Sur ces marchés, tout manquement peut avoir des conséquences lourdes», souligne le rapport. Les entreprises doivent publier des états financiers audités, communiquer rapidement toute information pouvant influencer le cours de leurs actions et respecter des normes de gouvernance exigeantes. Au Canada, la règle NI 43-101 sanctionne sévèrement toute communication trompeuse sur les ressources minières. Au Royaume-Uni et en Australie, les régulateurs peuvent infliger de fortes amendes, suspendre la cotation, voire radier une société, exposant dirigeants et administrateurs à des poursuites civiles et pénales.
Cette concentration crée une forte dépendance pour l’économie nationale. Ambatovy domine largement le secteur : entre 2021 et 2023, elle représentait plus de 70 % des exportations minières et a rapatrié 3 936,7 millions de dollars en devises étrangères en 2023, sur un total minier de 5 360,85 millions USD. QMM, pour sa part, a exporté près de 556 000 tonnes d’ilménite en 2022, positionnant Madagascar parmi les plus grands producteurs mondiaux.
Emploi et opportunités
En 2022, le secteur minier représentait 43,8 % des exportations nationales et 4,5 % du PIB, tout en employant environ 1,14 % de la population active. « Si l’une de ces entreprises rencontre des difficultés financières ou réglementaires, l’impact sur l’économie nationale peut être immédiat et lourd », avertit le rapport.
Ces entreprises jouent aussi un rôle clé dans l’emploi industriel. Ambatovy emploie environ 10 000 personnes et contractuels, dont 88 % de Malgaches sur ses sites de Moramanga et Toamasina. « Le projet avait créé plus de 18 000 emplois pendant la phase de construction, puis plusieurs milliers en exploitation », précise le rapport. QMM fournit environ 1 400 emplois directs dans le sud-est du pays.
À côté de ces géants, le secteur artisanal reste prépondérant, avec près d’un million de personnes travaillant sans contrat formel ni protection sociale. Cela souligne l’importance de structurer le secteur pour renforcer l’emploi formel.
La présence sur les marchés internationaux impose également des exigences ESG (environnementales, sociales et de gouvernance). Le respect de ces normes est désormais crucial : « Une suspension de cotation ou un blocage des levées de fonds peut rapidement stopper des projets, provoquer des licenciements massifs et même conduire à la fermeture des opérations », met en garde le rapport.
Irina Tsimijaly
