À Ivato, quelques employés d’Amarante Madagascar, filiale du groupe international français opérant dans le secteur de la sûreté aérienne, ont entamé hier une grève pour protester contre le non-versement de leurs salaires. Selon un employé, « les salaires du mois de janvier n’ont pas encore été versés par la société ».
Ce mouvement d’humeur ou de panique, c’est selon, risque de compromettre le contrat d’Amarante, impactant ainsi directement sur la sûreté aérienne. C’est la déclaration faite lors des assises de la douane. Il n’existe pas, à l’heure actuelle, de société malgache habilitée à faire le travail d’Amarante.
Amarante Madagascar et la SPSS sont responsables de la sûreté aéroportuaire à Ivato. Elles assurent le contrôle des documents des passagers, l’inspection des bagages, la sécurisation du fret aérien et la mise en place de dispositifs techniques de sécurité avancés, afin de garantir des opérations conformes aux normes internationales.
Pour le moment, le mouvement reste pacifique et les discussions sont en cours. Un membre du personnel explique : « Nous travaillons tous pour l’instant, mais comme les salaires ne sont pas versés, nous devons travailler gratuitement. C’est pour cela que nous envisageons de faire grève. »
Le trou d’air se situe au niveau du lien d’Amarante Madagascar avec le groupe Sodiat, pour qui il sous-traite. Récemment, le Pôle Anti-Corruption (PAC) d’Antananarivo a ordonné un dégel partiel et strictement encadré des comptes liés aux sociétés du groupe Sodiat, afin de permettre le paiement des salaires de décembre 2025.
Ce n’est pas l’entreprise qui verse directement les salaires, mais l’ARAI (Agence de Recouvrement des Avoirs Illicites), l’institution publique malgache chargée de l’exécution et de la validation des paiements. L’ARAI avait préparé une enveloppe de 2,177 milliards d’ariary pour couvrir les salaires de janvier 2026. Toutefois, le total des états de salaires transmis par les différentes sociétés du groupe dépasse ce montant de plus de 800 millions d’ariary, rendant impossible un paiement intégral dans l’état actuel des fonds disponibles.
Face à ce déficit, les responsables ont décidé de dissocier les dossiers de la SPSS et de la Polyclinique du reste du groupe, ces entités poursuivant leurs activités et assurant un service public. Il a ainsi été convenu que les fonds propres de la SPSS serviraient au paiement des salaires de janvier, afin d’accélérer la procédure et d’apaiser les tensions sociales.
Obstacle majeur
Dans ce contexte, une réunion s’est tenue le mardi 27 janvier 2026 à l’Agence de Recouvrement des Avoirs Illicites (ARAI), en présence des représentants de la direction, de certains directeurs et de cinq représentants des employés désignés par le personnel. L’ARAI a rappelé qu’en vertu d’une ordonnance judiciaire, elle est chargée de gérer le paiement des salaires de l’ensemble des employés du groupe Sodiat, dont les employés d’Amarante ayant sous traité pour le groupe.
Un obstacle majeur résidait dans le gel des comptes bancaires de la SPSS. Ce gel, qualifié de « gel au débit », permettait les dépôts mais interdisait les retraits. Lors de la réunion, l’ARAI, en présence de la banque, a donné des instructions claires pour autoriser à nouveau l’utilisation du compte, lequel repart désormais avec un solde nul.
Il a été décidé que les chèques détenus par l’entreprise, notamment issus des recettes de fret, seraient déposés le mercredi 28 janvier 2026 afin de permettre le paiement des salaires. Des discussions sont également en cours avec la banque pour accélérer le traitement des virements.
Entre contraintes judiciaires, difficultés financières et attentes sociales, Amarante Madagascar se trouve ainsi confrontée à un équilibre délicat, dans un secteur où la continuité du service et la sécurité des passagers restent des enjeux majeurs.
Amarante International, société française privée, est spécialisée dans la sûreté aérienne. Fondée en 2007 par d’anciens cadres des forces armées françaises, l’entreprise intervient dans plusieurs pays, en Europe, en Afrique, au Moyen-Orient et en Amérique latine.
Irina Tsimijaly