Vous l’aurez lu sur trois colonnes, à la Une du journal, il y a encore peu de temps : Féminicide. Le fait est assez rare pour être signalé. Rare parce qu’inconcevable. Le fait-divers rapportant la mort violente d’une membre de la diaspora malgache, qui a valu ce titre choc, a fait l’effet d’une déflagration, en particulier auprès de la communauté malgache en France. Une communauté réputée sans histoire, d’autant que les personnes impliquées résidaient dans une commune aisée de la région Ile-de- France. Inconcevable jusqu’à ce qu’un commentaire sur les réseaux sociaux rappelle froidement que les violences conjugales sont le lot quotidien des chefs de fokontany.
« Le féminicide, c’est quelque chose qui touche tout le monde, qu’on soit Malgache ou non. Mais c’est encore plus douloureux parce que cela concerne des Malgaches », rappelait avec émotion dans nos colonnes un membre de la diaspora. Il est peut-être temps de retourner à la réalité : le féminicide est un fait malgache. La rubrique faits-divers rapporte quotidiennement et presque fidèlement des faits morbides impliquant nos descendantes d’Eve. En décembre 2025, une femme a été retrouvée morte après un viol. Septembre 2025, deux frères avouent avoir tué une femme. Novembre 2025, nos colonnes rapportent la condamnation d’un ancien responsable étatique pour le meurtre d’une sage-femme. Il y a deux jours, à Toamasina II, deux autres frères font les titres du journal pour avoir agressé et tué une petite fille. Hier encore, à Tsiroanomandidy, une fillette meurt après une agression sexuelle. Et l’on pourrait ainsi égrener à l’infini cette litanie tragique.
Quotidiennement, des femmes malgaches sont la cible de violence sans nom, sans vergogne, sans considération aucune. Alors il était temps que le mot apparaisse en grand, sur trois colonnes, à la Une du journal. On doit au moins cela aux victimes. En 1992, en publiant « Femicide: The Politics of Woman Killing », Diana Russell et Jill Radford ont enfin nommé les choses et ont consacré le terme pour le meurtre systémique de femmes.
Pour identifier et éliminer le mal à la racine, il fallait que ce soit fait. Elles ont ainsi propulsé la société sud-africaine et anglaise auxquelles elles appartenaient, des décades en avant dans la compréhension de ce mécanisme morbide. En la matière, nous avons encore un long chemin à parcourir. Sortir d’abord de l’indifférence, de l’accomodation, à coup de titres à la Une, sur trois colonnes, de coups de gueule sur les réseaux sociaux pourquoi pas, mais de justice ferme surtout.
Punir à la mesure de la peine. Oui, on le doit aux victimes. Pour qu’elles soient reconnues. Pour qu’elles ne disparaissent pas dans divers rubriques, avec les chiens, écrasées.
Rondro Ramamonjisoa