DÉVELOPPEMENT - Un modèle économique à bout de souffle

Faible productivité, croissance déséquilibrée et dépendance persistante à la rente : le cadrage macroéconomique présenté lors des Assises nationales pour la relance économique confirme l’essoufflement du modèle actuel.

Le Premier ministre Herintsalama Rajaonarivelo dresse un constat lucide de la situation.

En phase terminale. La réalité économique est devenue impossible à ignorer. Lors de l’ouverture des Assises nationales pour la relance économique, ce lundi au CCI Ivato, le Premier ministre Herintsalama Rajaonarivelo a posé un diagnostic clair : « le modèle économique fondé sur la rente a atteint ses limites ». Longtemps reposant sur une rente concentrée, dépendante de quelques secteurs et faiblement créatrice de valeur, ce modèle n’a pas permis de transformer durablement l’économie nationale.

Les indicateurs macroéconomiques confirment cette fragilité. La productivité nationale demeure faible, représentant environ 25 % de la moyenne africaine, tandis que la structure économique reste dominée par un secteur primaire peu transformé, vulnérable aux chocs externes et faiblement intégré aux chaînes de valeur. La croissance observée ces dernières années demeure « trop étroite, trop inégalement répartie et trop fragile » pour répondre aux aspirations de la population, notamment celles d’une jeunesse majoritaire.

Plus alarmant encore, plus de 75 % des Malgaches vivent dans l’extrême pauvreté, dans une économie largement informelle. Présentée par le Premier ministre, la croissance du PIB, en guise de cadrage macroéconomique, est estimée à +3,5 %, un niveau jugé insuffisant au regard des besoins sociaux et démographiques. Le secteur primaire affiche une progression modérée de +1,5 %, portée essentiellement par l’agriculture, l’élevage et la pêche. À l’inverse, le secteur secondaire recule de –0,7 %, pénalisé par les difficultés persistantes dans l’eau et l’électricité, les industries alimentaires, ainsi que les filières bois, papier et imprimerie.

La croissance repose principalement sur le secteur tertiaire, en hausse de +4,2 %, soutenue par les activités d’hôtellerie-restauration, de transport, ainsi que par les technologies de l’information et les services BPO. Cette dynamique, bien que réelle, demeure concentrée et ne suffit pas à absorber la pression sur l’emploi.

Création de valeur

Si, dans les années 1940, l’économie de rente avait permis à Madagascar une relative autonomie, ce modèle est aujourd’hui totalement obsolète. Cependant, au-delà du constat critique, s’ouvre la voie à un choix stratégique: celui de la refondation. Madagascar dispose en effet d’atouts considérables. Le Premier ministre l’a résumé en affirmant que « l’économie de rente est dans sa phase terminale » et qu’il est désormais impératif de « trouver autre chose ».

Madagascar dispose pourtant d’atouts majeurs: 72 % de la population a moins de 30 ans, un potentiel agricole estimé à 60 millions d’hectares, dont 90 % restent inexploités, ainsi que des ressources en eau, minières et une biodiversité unique.

La question n’est donc plus celle du potentiel, mais celle des leviers. Combinés à une position géographique stratégique, une main-d’œuvre compétitive et une identité culturelle résiliente, ces atouts constituent un socle solide pour bâtir une économie de production, de transformation locale et d’exportation. L’enjeu central demeure désormais de passer du potentiel à la création de valeur, afin de construire une prospérité partagée et durable.

Irina Tsimijaly

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