Augustin Andriamiharinosy, alias Baovola, emprunté au nom d’un cheval imbattable dont la crinière rappelait sa chevelure, restera l’un des plus grands joueurs de tous les temps. À 77 ans, il a encore bon pied, bon œil et suit toujours l’actualité du football.
L’Express de Madagascar : « Vous avez toujours une allure jeune. Quel âge avez-vous aujourd’hui ? Jouez-vous encore ? »
Augustin Andriamiharinosy : J’ai 77 ans. Je ne joue plus, mais j’ai joué jusqu’à 60 ans. J’ai commencé à 15 ans à Saint-Michel et j’ai été sélectionné en équipe nationale à 18 ans.
Quel est le secret de votre longévité et que faites-vous aujourd’hui ?
C’est une question d’hygiène de vie. Aujourd’hui, j’entraîne des jeunes et je vis à la campagne. Je respire l’air frais et la tranquillité.
Vous avez été le premier joueur professionnel malgache à Angoulême en D1 française. Mais l’aventure n’est pas allée jusqu’au bout. Pourquoi ?
Tout allait bien, sauf qu’en revenant prendre des vacances, j’ai eu le mal du pays. La famille me manquait. Je suis resté, avant de partir pour La Réunion, alors que Bordeaux me voulait aussi.
Le match retour perdu 0-3 par Saint-Michel face aux Zambiens de Kabwe Warriors à Mahamasina, après une courte défaite 1-2 à l’aller en Coupe d’Afrique des clubs, reste l’un des plus mauvais souvenirs de votre carrière. Vous aviez été accusé d’avoir vendu le match. Que s’est-il passé ?
C’était juste un manque de fraîcheur. Le vendredi précédant le match, l’entraîneur nous a fait faire un jogging aller-retour jusqu’à Andoharanofotsy, où se trouvait un richissime citoyen. Les gens ont fait le raccourci. En plus, la fédération de l’époque avait imposé un avant-centre qui n’avait jamais joué avec l’équipe auparavant. Malheureusement, tout a foiré.
Une semaine plus tard, vous entrez en jeu contre l’Éthiopie avec l’équipe nationale et vous marquez cinq minutes après votre entrée.
C’était un joli but. Le gardien éthiopien avait l’habitude de dégager loin et de rester au-delà des 18 mètres. Sur un dégagement, Ignace m’a transmis le ballon de la tête. J’ai contrôlé de la poitrine et enchaîné par une reprise de volée. Le gardien a été lobé.
''Avec les joueurs de l’époque, il y avait du spectacle...''
C’était la belle époque. Le stade était toujours plein, même lors des championnats locaux. Les joueurs étaient-ils plus talentueux ou y avait-il d’autres raisons ?
Il y avait du spectacle. Chaque équipe avait ses supporters, ce qui n’est plus le cas aujourd’hui. N’oublions pas que Madagascar avait remporté les premiers Jeux de la Communauté. Nous avions aussi battu Hong Kong et, en 1973, fait match nul 3-3 contre l’équipe universitaire de France, composée pour moitié de professionnels.
Certains vous reprochent aujourd’hui de vivre de souvenirs sans avoir remporté de titres.
Nous n’avions pas les mêmes moyens qu’aujourd’hui. On jouait avec le cœur et la passion.
Avec les performances actuelles de l’équipe nationale, pensez-vous que le football a progressé ?
On ne peut pas faire la fine bouche. J’aime le football et je continue à aller au stade. Mais au niveau des clubs, on a du mal à franchir les tours préliminaires des compétitions africaines.
Comment expliquez-vous cette contradiction ?
Il n’y a pas de secret. Il faut former les jeunes dès le plus jeune âge, avec un encadrement qualifié, organiser un bon championnat et disposer d’infrastructures adéquates. La France a mis des années à devenir championne du monde grâce aux centres de formation. L’Allemagne et l’Espagne ont fait pareil. En Afrique, le modèle parfait est le Sénégal puisqu’il a raflé tous les titres.
Pourtant, il existe déjà de nombreuses écoles de football. Pourquoi les résultats tardent-ils ?
Il faut les structurer correctement. C’est à la fédération d’élaborer un véritable programme de développement pour espérer des résultats réguliers.
Êtes-vous candidat à la présidence de la fédération pour mettre vos idées en pratique ?
J’ai passé l’âge et la présidence ne m’intéresse pas. En revanche, il faut une véritable fédération professionnelle, composée de membres sont irréprochables.
Comment y parvenir ? N’est-ce pas utopique ?
Oui et non. À l’heure où l’on parle de refondation, le football en a grand besoin. Rien ne changera avec l’actuel mode d’élection du président et du comité exécutif. Aujourd’hui, c’est l’argent qui prime, pas la compétence ni l’amour du football.
Mais il s’agit de bénévoles, dans une association à but non lucratif.
Justement, c’est là le problème. Tout le monde en profite. Les bénévoles devraient aussi bénéficier d’une part des primes. Le texte est dépassé par la conjoncture et par l’ampleur de l’économie du sport. Il n’y a pas que les joueurs qui doivent être professionnels : il faut aussi des dirigeants ayant le physique et l’esprit du métier.
Axel Royer
Le Réunionnais Axel Royer, technicien réunionnais, connaît bien Augustin pour l’avoir entraîné à la JS Saint-Pierroise et au Club Sportif Saint-Denis, ainsi que beaucoup d’autres joueurs malgaches.
Il témoigne :« Augustin jouait chez nous. On devait rencontrer l’équipe de la Fihezama à Mahamasina en 1974. J’ai pu voir la popularité d’Augustin dans les rues de Tana. »
Autre anecdote : « En Coupe de France, on était confronté à Amiens entraîné par Claude Leroy. Augustin était venu me demander par trois fois de voir l’équipement. J’ai fini par céder et il a vu que les bas ne tenaient pas. Il a fallu trouver des solutions. Puis il a demandé à voir les crampons. Il avait encore raison, car il a fallu trouver des crampons adaptés au terrain boueux. On a perdu 1 à 2 avec un but d’Augustin et un deuxième but refusé pour faute de main imaginaire par… Michel Vautrot. Augustin était un vrai leader. Avec de bons joueurs, on peut avoir une bonne équipe, mais avec un vrai leader, on a une excellente équipe. »
Herisetra
