ASSISES DE L’ARMÉE - Les militaires en conclave

L’armée se met également à l’heure de la refondation. À cet effet, elle tiendra des assises militaires, dont le coup d’envoi sera lancé ce jour, au Centre de conférences international (CCI), à Ivato.

Des éléments du commando de l’armée de l’air, durant le défilé militaire du 16 juin 2025, à Mahamasina.

Refondation. C’est le mot d’ordre des « Assises militaires », dont le coup d’envoi sera donné ce jour, au Centre de conférences international (CCI), à Ivato. Selon les explications, la Grande muette « compte faire une profonde introspection », quitte à engager une réforme de fond en comble.

Sur la forme, ces assises devraient durer tout le long du mois de février. Si besoin, elles seront prolongées durant le mois de mars. Le chronogramme précis devrait être donné lors de la cérémonie d’aujourd’hui. L’ensemble des démembrements de l’armée, au niveau de toutes les circonscriptions militaires, y prendront part. Les initiatives et décisions seront compilées lors d’une grande assise à Antananarivo. « Les résolutions de ces assises seront présentées durant la concertation nationale », explique une source auprès des organisateurs.

Il est précisé qu’ici, seule l’armée est concernée. La gendarmerie nationale, l’autre entité qui compose les Forces armées, tiendrait prochainement ses assises nationales, selon les explications. « Une armée garante de la paix sociale et de la stabilité politique » est la traduction libre du thème de ces assises militaires. Lors de son entrée en fonction, après sa nomination au sein du gouvernement, le général Ely Razafitombo, ministre des Forces armées, a déclaré que « le concept de défense» sera redéfini durant ces assises nationales.

Selon une source militaire, le « concept de défense constitue le cadre stratégique qui précise la mission première de l’armée : la protection de la Nation et de sa souveraineté, ainsi que la manière dont cette mission doit être assurée, aussi bien en temps normal qu’en période de tension ». Il s’agira d’aligner le concept de défense avec les enjeux nationaux liés, entre autres, aux objectifs de « la refondation de la République » et aux attentes de la population, mais aussi par rapport aux contextes internationaux.

Cette refondation de l’armée, qui implique une redéfinition du concept de défense, tiendra également compte des nouvelles menaces, notamment la guerre hybride. Il s’agit d’une forme de conflit qui combine des moyens militaires avec des approches non conventionnelles comme l’économie, l’information, la politique et le digital, dans le but de déstabiliser et d’affaiblir un adversaire ou un État.

Cohésion et solidarité

La raison d’être et la mission de l’armée, son rôle dans l’État et dans la société seront discutés. Il est probable que la question des coopérations militaires sera également abordée. Surtout que, depuis le début de la Transition, un renforcement du volet opérationnel de ces coopérations est constaté, avec des livraisons d’armes et d’équipements en prime. Le recrutement, la gestion du personnel, la formation, les équipements, les armements et même la répartition de l’armée sur le territoire seront aussi abordés durant ces assises nationales, sauf changement.

Dans une certaine mesure, l’approche avec laquelle ces assises seront menées est similaire à celle par laquelle a été conduite la restructuration de l’armée, un processus en cours depuis près de sept ans. Cette restructuration a, par exemple, intégré à la mission de l’armée la lutte contre l’insécurité, ainsi que le maintien et le rétablissement de l’ordre public. Une approche dans l’esprit du concept « Forces de défense et de sécurité » (FDS), qui prône une conjugaison des forces que sont l’armée, la gendarmerie et la police.

Un redéploiement des troupes a également été opéré. De nouveaux équipements ont été acquis dans le cadre de cette restructuration. Dans le spot annonçant la tenue des assises militaires, « réforme en profondeur» est soulignée. « Certes, il y a déjà la restructuration. Toutefois, il y aura des évaluations de ce qui a déjà été fait. Il y aura des réformes, mais il est probable que, sur certains points, il ne s’agira que d’un recadrage, d’une amélioration ou encore d’une adaptation face aux besoins et au contexte », explique la source militaire.

Bien que le sujet semble incommoder les sources contactées, ces assises militaires devraient aussi consister à identifier les failles et à trouver des solutions pour panser les blessures et consolider la cohésion dans les rangs de l’armée, de même que pour renforcer le respect de la discipline et de la chaîne de commandement. À l’instar des précédentes crises politiques, celles de septembre et octobre ont mis à l’épreuve la solidarité et la discipline dans les rangs de la Grande muette.

Dans chaque discours s’adressant à l’armée, les mots cohésion et solidarité sont mis en exergue. Ces mots ont été érigés comme fil conducteur de la célébration de la Journée des officiers, le 12 janvier. Cela démontre les enjeux d’une armée solidaire et unie pour la paix sociale et la stabilité étatique, surtout après une crise. Des assises militaires du même genre ont déjà été organisées au lendemain de la crise de 2009. Les événements récents témoignent cependant que, sans une réelle prise de conscience de tous les acteurs militaires et politiques, l’Histoire est un perpétuel recommencement.

Garry Fabrice Ranaivoson

1 Commentaires

  1. Refondez refondez ... il en restera toujours quelque chose: avec les militaires au pouvoir, le peuple n'aura pas trop de choix. Pour combien de temps ???

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