ASSEMBLÉE NATIONALE - La séance d’interpellation se mue en doléances

Six ministres ont été convoqués par l’Assemblée nationale pour une séance d’interpellation. Ce qui devait être un exercice de contrôle parlementaire s’est mué en un déluge de doléances de la part des députés.

La séance d’hier a duré jusqu’à une heure du matin, sans que les ministres aient pu répondre aux questions.

Un torrent de doléances. C’est ce qui s’est abattu sur les six membres du gouvernement convoqués par l’Assemblée nationale pour ce qui devait être une séance d’interpellation, hier. Noyée dans les demandes et revendications, la vocation première du rendez-vous a été reléguée au second plan.

« L’interpellation porte sur un sujet bien précis et fera l’objet d’une résolution prise par l’Assemblée nationale. Cette résolution sera communiquée au gouvernement par le président de l’Assemblée nationale. Le président informe préalablement l’Assemblée nationale de l’objet de l’interpellation ; toute intervention en dehors du sujet sera systématiquement rejetée », prévoit le règlement intérieur de la Chambre basse.

Le député Siteny Randrianasoloniaiko, président de l’institution de Tsimbazaza, avait pourtant fait un « teasing » de l’événement de façon tonitruante sur sa page Facebook, samedi, en publiant : 

« Conformément à la Constitution et aux responsabilités confiées par le Peuple à ses députés, l’Assemblée nationale dispose d’un plein pouvoir pour convoquer et interroger les ministres sur les grands problèmes que traverse le pays et sur les solutions que le gouvernement doit apporter ». Un rendez-vous retransmis en direct sur la radio et la télévision publiques RNM et TVM.

Le président de l’Assemblée a ajouté que « l’Assemblée nationale exigera des solutions directes, claires et réalisables, des échéances strictes et clairement définies, et des mécanismes permettant à l’Assemblée de suivre et d’évaluer les actions menées». Prévue initialement  à 14 heures, la séance a toutefois accusé une heure de retard avant le coup d’envoi. Le décalage horaire est devenu une habitude pour la Chambre basse. La séance s’est poursuivie jusqu’au bout de la nuit.

Dans le box réservé aux membres du gouvernement se trouvaient donc le ministre de l’Intérieur et de la Décentralisation, celui de l’Énergie et des Hydrocarbures, la ministre de la Santé publique, c elle de l’Éducation nationale, la ministre de l’Eau, de l’Assainissement et de l’Hygiène, ainsi que le ministre des Travaux publics. Sur la forme, le rendez-vous a été visiblement fastidieux pour ces derniers. Après un bref discours introductif, ils ont dû attendre les interventions de tous les députés, à raison de cinq minutes chacun, avant de pouvoir répondre.

La plupart des députés ont quitté la salle après avoir pris la parole. Seules quelques dizaines d’élus sont restés jusqu’au bout de la séance. Finalement, les ministres n’ont pas pu répondre aux centaines de doléances. Il a été décidé qu’ils allaient le faire par écrit. Sur le fond, contrairement à l’annonce tonitruante faite par le président de l’institution de Tsimbazaza, les membres du gouvernement ont passé une séance plutôt tranquille.

Occasion manquée

Certes, les interventions des députés ont porté sur des questions sociales, touchant directement au quotidien de la population. Certaines reprenaient aussi les revendications exprimées lors des manifestations d’il y a quelques semaines, notamment sur les questions de l’eau et de l’électricité. Cependant, de bout en bout, l’essentiel des prises de parole s’est résumé à des doléances.

Au regard du déroulement du rendez-vous, les membres de l’Assemblée nationale ont visiblement confondu la séance de questions et réponses — ou questions orales, comme l’indique le règlement intérieur de l’Institution — et la séance d’interpellation. Même pour la séance de questions orales, le site de la Chambre basse précise que « les questions ont un caractère spontané et doivent être d’actualité et d’intérêt national ».

Toutefois, les vieilles habitudes semblent avoir la peau dure à l’institution de Tsimbazaza. Les rencontres avec les membres du gouvernement, notamment lorsqu’elles sont retransmises en direct, deviennent des occasions pour les députés de plaider des causes particulières. Une manière de montrer à leurs électeurs qu’ils sont au fait de leurs problèmes et qu’ils transmettent leurs attentes à l’Exécutif. Ce qui est de bonne guerre.

Cependant, comme a voulu le scénariser le président de l’Assemblée nationale, une séance d’interpellation sert surtout à aller au fond des choses sur les sujets critiques, qu’ils soient d’actualité ou liés au quotidien de la population. À poser les bonnes questions afin d’obtenir les réponses attendues par la population et des explications précises.

La séance d’hier devait, par exemple, amener les ministres à répondre de manière franche et détaillée sur les réelles causes du problème énergétique, sur la gouvernance et l’avenir de la Jirama, sur les contrats avec les pétroliers et ceux concernant les locations de groupes thermiques et de centrales solaires. De même pour la lenteur observée dans la mise en œuvre des solutions aux problèmes de reproduction et d’approvisionnement en eau.

Même la question des raisons pour lesquelles le recrutement des médecins et des enseignants au sein de la fonction publique, ainsi que la revalorisation de leurs indemnités et l’amélioration de leurs conditions, pose toujours problème, a été oubliée. Pourtant, la grande majorité des députés demandent que les médecins et enseignants non fonctionnaires officiant dans leur district respectif soient recrutés par l’administration. De prime abord, les députés ont manqué une occasion de démontrer, par les actes, que le vent de la refondation souffle aussi à Tsimbazaza.

 Garry Fabrice Ranaivoson

2 Commentaires

  1. Des questions sans réponses. On n'a pas fini d'attendre ... longtemps !! Mais les "haineux" sont contents, ils ont eu le départ de l'un .... pour gagner ... heu heu ... pour l'instant pas grand chose .. voire RIEN !!!

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