Des ressortissants malgaches ont été renvoyés de l’île Maurice pour irrégularités administratives. Les autorités appellent à la vigilance et rappellent les procédures à suivre pour travailler légalement à l’étranger.
![]() |
| Des travailleurs migrants ont été arrêtés à Maurice en mai pour séjour irrégulier. |
Dix-huit ressortissants malgaches ont été expulsés ce week-end de l’île Maurice et rapatriés dans leur pays d’origine. Les autorités mauriciennes pointent des documents administratifs jugés irréguliers. Il s’agit d’un phénomène récurrent : chaque semaine, des Malgaches sont renvoyés pour des raisons similaires.
Ces travailleurs migrants, souvent employés dans la construction, l’hôtellerie ou la pêche, sont particulièrement exposés aux contrôles stricts de l’immigration mauricienne. Une enquête va être ouverte afin de déterminer les circonstances exactes de ces renvois. Cela permettra également de vérifier le respect des procédures légales par ces ressortissants malgaches. Leur identité ainsi que tous les détails n’ont pas encore été communiqués.
Selon Fenitra Randriatianarisoa, directeur de la Migration professionnelle au ministère du Travail, de l’Emploi et de la Fonction publique (MTEFOP), certains Malgaches se rendent à Maurice avec un visa touristique de quatorze jours, espérant trouver un emploi sur place. Une fois le délai expiré, ils deviennent clandestins et vivent dans la crainte constante d’être interpellés.
Précarité
« Je constate souvent cette situation lors de mes déplacements entre Madagascar et Maurice : de jeunes Malgaches renvoyés à cause de papiers non conformes », témoigne Nadia Harisoa.
Les autorités rappellent l’importance de voyager avec un visa de travail et non un visa touristique pour travailler. Les agences de placement envoyant des travailleurs à l’étranger ne sont pas reconnues par la loi. Seuls les employeurs étrangers peuvent recruter directement à Madagascar, et ce sous le strict contrôle des autorités compétentes.
Des ONG locales et internationales alertent depuis plusieurs mois sur la précarité administrative et sociale des migrants, souvent victimes de contrats opaques ou de promesses d’embauche non tenues.
Depuis 2022, 6 595 Malgaches ont obtenu un visa pour travailler légalement à Maurice. En 2024, 2 831 visas ont été délivrés, contre 1 438 en 2023 et 1 313 en 2022. Pour le premier semestre 2025, 1 013 visas ont déjà été accordés, reflétant une augmentation progressive des départs légaux vers l’île sœur.
Mialisoa Ida

Pourquoi partir ?
RépondreSupprimerPourquoi tant de jeunes Malgaches rêvent-ils de quitter le pays, parfois au péril de leur dignité, de leur sécurité, voire de leur vie ? Le cas des expulsés de Maurice n’est qu’un énième exemple d’une réalité plus large et plus douloureuse : celle d’une jeunesse qui ne croit plus en Madagascar. Certes, le manque d’emplois, la pauvreté et la précarité sont réels. Mais est-ce que cela justifie de tout abandonner pour aller souffrir ailleurs, dans l’ombre, sans papiers, sans droits, sans famille ?
L’herbe est-elle vraiment plus verte ailleurs ?
Non. Il faut arrêter de croire au grand mensonge. À La Réunion, en France, à Maurice, au Canada ou même en Asie, les galères sont bien réelles. Des familles entières se saignent pour envoyer un enfant à l’étranger, croyant investir dans un avenir meilleur. Mais combien reviennent brisés, honteux, sans avoir rien dit ? Combien vivent dans des chambres insalubres, travaillent comme des machines, sans repos, sous la pression d’un patron, du froid, ou de la solitude ?
Et pourtant, que voient les proches restés à Madagascar ?
Des photos sur Facebook. Des sourires de façade. Une vie rêvée, maquillée par les filtres. On cache les souffrances, on embellit l’exil. Et cette hypocrisie alimente l’illusion : d’autres veulent suivre, pensant que "là-bas", c’est forcément mieux. En réalité, on fuit. On fuit les responsabilités, les luttes à mener ici. On préfère tenter la survie ailleurs que de bâtir quelque chose ici, chez soi.
Et les parents ?
Eux, ils en paient le prix fort. Ils vendent des terres, s’endettent, espèrent des retours qui ne viennent pas. Ils vieillissent seuls, pendant que leurs enfants vivent dans l’ombre ailleurs, sans oser dire qu’ils n’ont pas réussi. C’est une souffrance silencieuse, un exil partagé dans la douleur.
À quand le courage de rester ?
Ce pays ne changera pas si les plus motivés, les plus ambitieux, les plus rêveurs s’en vont. Il changera quand on arrêtera de rêver d’ailleurs, pour enfin affronter ici. Travailler ici. Se battre ici. Rester, ce n’est pas un échec. C’est un acte de foi. Et peut-être, le vrai courage, aujourd’hui, c’est de rester.