Les "Kabeso" du roi Toera et de ses deux guerriers ont été remis officiellement à Madagascar hier en France, lors d’une cérémonie entre les deux États, en présence des familles Kamamy.
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Les trois "Kabeso" sakalava ont enfin été remis officiellement entre les mains malgaches, hier en France. |
Hier, à Paris, une page d’histoire s’est réécrite. Plus d’un siècle après leur profanation et leur exil forcé, les "Kabeso" du roi Toera, souverain sakalava du Menabe, et de ses deux fidèles guerriers ont été restitués aux mains malgaches. Une restitution qui dépasse le geste symbolique : elle répare une blessure ouverte depuis 1897 et rend au peuple sakalava du Menabe une part de sa mémoire confisquée.
Le prince Harea Georges Kamamy, descendant direct de Toera et récemment intronisé roi sakalava Menabe, a reçu le "Kabeso" de son ancêtre, enveloppé d’un lamba rouge, couleur du pouvoir. Les "Kabeso" des deux guerriers, recouverts de Sobahya — tissus réservés aux souverains sakalava — ont eux aussi été remis à la délégation malgache. Celle-ci rassemblait des représentants du ministère de la Communication et de la Culture (MCC), des autorités de la région Menabe, des dignitaires sakalava Menabe ainsi que la famille Kamamy.
La journée fut marquée par une double dimension : étatique et traditionnelle. Après la remise matérielle au Musée de l’Homme, un protocole officiel s’est tenu au ministère français de l’Europe et des Affaires étrangères, en présence de parlementaires des deux pays.
« Victoire nationale »
Mais le retour ne pouvait s’accomplir sans le respect des rites : ceux qui portaient les "Kabeso" étaient vêtus de "lambahoany", suivant la coutume.
À l’ambassade de Madagascar, la diaspora et les officiels ont entonné l’hymne national et prononcé des "kabary" vibrants, affirmant que la dignité du peuple malgache se reconquiert aussi par la mémoire. Ce retour, attendu de longue date, obéit à un calendrier précis. Selon le MCC, l’arrivée est prévue à Ivato le 31 août au soir, suivie d’une cérémonie d’État le 1er septembre, avant que les "Kabeso" ne regagnent leur terre natale, à Belo-sur-Tsiribihina.
L’histoire de Toera rappelle l’âpreté de la colonisation. En 1897, refusant de se soumettre à l’occupation française, le roi mena une résistance acharnée. Capturé et décapité, son corps mutilé fut exhibé comme un trophée de guerre. Aujourd’hui, son "Kabeso", accompagné de ceux de ses guerriers, revient non pas simplement comme une relique, mais comme un symbole de résilience et de fierté nationale.
Nicole Rafalimananjara