ANDRANOVELONA - Des moines bouddhistes vivent dans un «château»

Les trois temples vus d’en haut.

Un long costume ou une robe bleu marine pour les hommes et en marron pour les femmes, de la tête aux pieds. La tête rasée de près. Telles sont les images que l’on peut apercevoir à Andranovelona, sur la route numéro 4, à 45 kilomètres de la capitale. Ce sont des moines et des nonnes bouddhistes. 

Dans un grand domaine, ils vivent dans des maisons typiquement chinoises. Là se trouve un grand temple en cours de finition, mais déjà opérationnel et sublime. Il s’agit du Temple Xizu, un nouveau temple des moines chinois dans la religion bouddhiste. 

À un kilomètre avant d’arriver à cet endroit, on peut déjà apercevoir le sommet du temple, perché en haut d’une colline. Dès le grand portail, le décor est planté. Une grande statue de lion vous accueille à l’entrée, le lion étant un symbole de protection, d’après les moines. Il y en a plusieurs dans l’enceinte du bâtiment.

Ces moines sont arrivés vers 2019 sous la direction de leur grand-maître Shi Wule, âgé de 78 ans actuellement. Désormais, ils sont au nombre de cent personnes, s’ils n’étaient qu’une soixantaine, cette année-là. Le maître est un grand missionnaire, pensant que Madagascar avait un lien spécial avec sa vie. Ses disciples l’ont suivi jusqu’ici pour apprendre de lui la méditation, la musique mais aussi les arts martiaux pour cultiver le corps, l’esprit et l’âme. Car les moines chinois ont toujours été connus pour cela. 

Au monastère d’Andranovelona dirigé par le prophète bouddhiste Shi Wule, la musique est à la base de l’éducation afin de promouvoir la paix, l’unité et l’amour. L’objectif est de vivre en harmonie avec la nature, l’un des grands objectifs de ce grand maître. L’objectif principal est donc d’améliorer considérablement l’environnement local d’Andranovelona. Ils ont déjà planté jusqu’à mille arbres depuis leur arrivée. 

Cinq préceptes

À cela s’ajoute le renforcement de l’amitié entre les peuples chinois et malgache tout en promouvant la bonté et l’amour auprès de ces populations locales.

Les moines sortent très rarement de cette demeure. Ils ne sortent que pour acheter des vivres auprès des habitants locaux. Pour tous, les journées sont programmées. Habituellement, ils commencent la journée par la prière à 6 h 30, prennent le petit-déjeuner à 7 heures, puis pratiquent la musique à 8 heures. Viennent ensuite le déjeuner à 11 h 30 et la reprise de la pratique musicale à 13 h 30. En fin d’après-midi, un exercice physique couronne le tout à 16 heures. Le soir commence à 17 heures par le dîner et les moines se couchent à 21 heures. Tout le monde est tenu de suivre ces disciplines strictes.

Devenir moine bouddhiste est un choix de vie pour atteindre le Nirvana, ou le paradis pour les chrétiens. Un moine bouddhiste prend seul la décision de vivre dans un monastère et de suivre la discipline de Bouddha. Il est, au départ, novice, observe et apprend les règles de vie des moines. Puis, dès qu’il atteint l’âge de 20 ans, il respecte le code monastique, appelé le patimokkha. Il devient alors un bikkhu ou bukkhuni pour les femmes et veille à toujours rester pacifique, humble et agir avec sagesse.

Que ce soit dans d’autres pays ou à Andranovelona, les moines s’engagent également à observer un mode de vie simple régi par 227 règles. Ils consentent également à respecter 5 préceptes de vie : ne pas tuer, que ce soit une personne ou un animal - d’ailleurs, les moines sont tous végétariens -, ne pas mentir, s’abstenir de prendre des substances qui altèrent l’esprit : ni alcool, ni drogue, ne pas commettre d’inconduite sexuelle et ne pas voler. Ils acceptent dans le même temps de renoncer à toute possession et attachements extérieurs. Pour symboliser cet acte, ils se rasent la tête, un signe fort marquant un changement, une volonté de se consacrer entièrement à leur vie spirituelle.

Le temple Xizu est composé d’infrastructures chinoises modernisées. Neuf grandes maisons se trouvent sur la grande place au cœur d’un petit village dans le quartier d’Andranovelona. Deux grandes maisons sont visibles dès l’entrée. Il est également important de noter que lorsqu’on visite ce grand monastère ou qu’on entre dans les maisons, la visite doit se faire en commençant du côté gauche pour l’entrée et vers la droite pour la sortie. Ces deux grands bâtiments mentionnés récemment sont les dortoirs, les moines et les nonnes étant donc clairement répartis. D’ailleurs, leur discipline stipule que les hommes et les femmes n’ont pas le droit de se parler. C’est pourquoi les dortoirs des moines se trouvent en hauteur et celui des nonnes en bas, avec un grand écart d’environ 500 mètres.

Il y a ensuite le temple principal, divisé en trois parties de tailles différentes. Le premier est petit, avec un espace moins large, contenant un Bouddha qui attend à la porte avec un message sur le devant du portail disant que les bonnes personnes reçoivent de bonnes choses. Ce qui signifie que les mauvaises choses doivent être laissées à l’extérieur du temple. Lorsqu’on entre dans celui du milieu, il y a un autre Bouddha, le plus grand des trois temples, représentant celui qui a créé le bouddhisme il y a 500 ans. Ensuite, le dernier petit temple se trouve un peu au-dessus des deux autres, avec la même superficie que celui du premier. Les bouddhistes ont de nombreux types de Bouddhas selon leurs usages, tels que le Bouddha pour la richesse, pour les morts, pour les enfants, etc.

Revenus pour les locaux

Un dernier grand bâtiment se trouve à 100 mètres au sud du temple, c’est la grande salle de musique. Toutes ces maisons sont en cours de finalisation. Cette salle d’orchestre pourra accueillir environ 300 personnes, selon eux. Selon leur programme, leur orchestre symphonique pourra interpréter de la musique pour des invités d’Europe, d’Amérique et également de Chine. Bien sûr, ils commencent à s’intéresser à la musique malgache.

Tous les matériaux utilisés comme décoration viennent de la Chine, tels que les Bouddhas, les statues et également les ornements. Par contre, les matériaux de construction sont issus du lieu, tels que les blocs de pierre.

Grâce à l’arrivée de ces moines bouddhistes chinois, de nombreux emplois ont été créés pour les habitants. Ils ont employé plus de 800 personnes depuis le début des travaux en 2019. Beaucoup de gens viennent de tous les coins de l’île, mais la plupart sont originaires de Toliara. À quelques mois de la fin des travaux, environ 300 hommes travaillent sur place pour les finitions de la maison et l’installation de tous les équipements qui seront utilisés. Il y a aussi des Malgaches qui assurent la sécurité des lieux. Les habitants du quartier gagnent également un revenu en produisant des légumes et des fruits pour eux. De plus, la communauté n’a également eu aucun problème depuis 5 ans.

«La vie avec eux est très paisible. Ils contribuent également à l’employabilité des jeunes des villages aux alentours. Ils consomment les légumes produits localement », a témoigné le président du village d’Andranovelona.

«Nous arrivons à réunir près de 300 000 ariary par mois grâce à ce travail. Cela fait deux ans que nous n’avons pas quitté Andranovelona alors que nous venons de Toliara. C’est une grande chance pour nous. Ils nous traitent bien » , a également expliqué la femme d’un maçon au temple.

Le grand-maître Shi Wule, fondateur du temple


Bopo Andrianasolo, Moine.

Miora Raharisolo

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