Trente et un ans après l’incendie du 6 novembre 1995, le Rova d’Antananarivo reste marqué par une blessure patrimoniale, tandis que la mémoire historique et la préservation des vestiges demeurent au cœur des préoccupations.
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| Le Rova d’Antananarivo, témoin de l’histoire royale malgache, conserve les traces de l’incendie du 6 novembre 1995. |
Le 6 novembre 1995 reste une date douloureuse dans l’histoire du patrimoine. Dans la soirée, un incendie ravageait le Rova d’Antananarivo, réduisant en cendres plusieurs de ses édifices historiques. Trente et un ans plus tard, le souvenir de cette catastrophe demeure vivace. Au-delà des destructions matérielles et des travaux de restauration, cette date invite à réfléchir à la transmission de la mémoire nationale, à la protection des biens culturels et à la place du Rova dans l’identité malgache.
L’incendie a certes détruit une partie importante du complexe royal, mais il n’a pas effacé sa valeur historique. Le Rova d’Antananarivo ne se résume pas au palais de Manjakamiadana. Il comprend également d’autres édifices, notamment Tranovola, Manampisoa et les anciennes cases royales Besakana et Mahitsielafanjaka, ainsi que le temple et les tombeaux royaux. Chaque construction témoigne d’une période et d’une évolution de l’histoire du royaume de l’Imerina. Sa restauration représente ainsi un enjeu qui dépasse la simple reconstruction architecturale.
Pour Rakotoarimanana Jimmy, directeur et conservateur de l’Ormada (Ofisin’ny Rovan’i Madagasikara), cette commémoration doit également être une occasion de manifester son attachement au patrimoine. L’organisme marque cette journée sous le signe du recueillement et de la valorisation de la culture malgache. À cette occasion, le drapeau national a été mis en berne en signe de deuil. « Nous souhaitons donner toute sa valeur au Rova en tant que patrimoine profondément malgache », souligne-t-il. Dans cette même démarche, l’entrée est gratuite pour les visiteurs portant une tenue traditionnelle. Une initiative destinée à rendre visible cet attachement aux traditions et à encourager d’autres sites patrimoniaux à adopter une démarche similaire.
Insuffisamment connue
Toutefois, la mémoire de l’incendie reste accompagnée de nombreuses interrogations. L’historien Denis Alexandre Lahiniriko souligne la nécessité de distinguer les faits établis des différentes interprétations qui circulent depuis le sinistre. « Jusqu’à présent, aucune décision juridique ou administrative n’a identifié une responsabilité ni établi qu’il s’agissait d’un incendie volontaire à caractère politique », rappelle-t-il. Selon lui, les théories du complot ont largement alimenté les discussions, alors que les circonstances exactes de l’incendie ne sont toujours pas établies par des éléments factuels permettant d’en déterminer l’origine et les responsables.
Au-delà de cette question, l’historien estime que le 6 novembre reste une date insuffisamment connue du grand public. Si les personnes qui travaillent dans la conservation du patrimoine et les milieux culturels en gardent le souvenir, une partie de la population ne connaît pas nécessairement sa portée historique. « La blessure demeure, particulièrement pour la culture, puisque le Rova constitue un repère de notre identité culturelle », explique-t-il.
La question des objets patrimoniaux disparus ou emportés lors de l’incendie constitue également une préoccupation. Denis Alexandre Lahiniriko appelle à favoriser leur retour, notamment ceux qui auraient été emportés à la faveur du chaos provoqué par le sinistre. Il invite à faire de cette commémoration un moment de sensibilisation à la restitution des biens culturels. « Il faut faire appel à l’amour de la patrie pour encourager ceux qui détiennent des objets du Rova à les restituer », insiste-t-il. Pour lui, les épreuves traversées doivent servir de leçons afin de mieux protéger le patrimoine et de poursuivre sa valorisation, plutôt que de devenir un frein à son développement. Trente et un ans après, le Rova continue ainsi de porter les traces d’une histoire faite de transformations, de destructions et de restaurations. Pour les acteurs du patrimoine, l’enjeu reste de préserver ce qui subsiste, de retrouver les biens disparus et de transmettre aux générations futures la véritable histoire de ce lieu emblématique. Cassie Ramiandrasoa Légende : Le Rova d’Antananarivo, témoin de l’histoire royale malgache, conserve les traces de l’incendie du 6 novembre 1995.
Cassie Ramiandrasoa
