APPROVISIONNEMENT EN ÉLECTRICITÉ - La Jirama engage plusieurs chantiers pour améliorer le service

Les mesures d’urgence portent sur la production, les équipements et la maîtrise des contrats. Le plan de redressement 2025-2028 doit, lui, corriger les déséquilibres financiers et moderniser les infrastructures. 

Des machines de production d’électricité.

Les coupures répétées d’eau et d’électricité continuent de peser sur le quotidien des ménages et les activités économiques. Face à cette situation, l’État et la Jirama multiplient les interventions pour renforcer la production, réhabiliter les installations et reprendre le contrôle de certaines capacités énergétiques. À Toamasina, la reprise de la centrale thermique d’Enelec constitue l’une des décisions les plus récentes. Mais au-delà de cette opération, le redressement de la compagnie nationale repose sur un programme plus vaste, engagé sur plusieurs années. Pour les abonnés, l’enjeu reste de transformer ces décisions en une amélioration réelle et durable du service. 

Le 6 novembre 2026, l’État a mis en œuvre la réquisition de la centrale thermique d’Enelec à Toamasina, conformément au décret n° 2026-2432 adopté en Conseil des ministres le 3 novembre. La Jirama reprend l’exploitation du site de Toamasina II, avec ses équipements et le personnel nécessaire à son fonctionnement. L’accord de partenariat concernant la fourniture d’électricité issue du fioul lourd (HFO) a été arrêté. La centrale dispose d’une capacité annoncée de 32 MW, mais ne fournit actuellement que 14 MW au maximum. L’objectif est de mieux exploiter les installations et de renforcer l’approvisionnement de la ville. Cette reprise intervient après plusieurs mois de tensions autour des performances des producteurs privés. 

En juillet dernier, le président de la Refondation, Michaël Randrianirina, avait dénoncé les insuffisances de production d’Enelec dans plusieurs villes, dont Toamasina, Antsiranana et Mahajanga. Il avait notamment critiqué le décalage entre les capacités annoncées et l’électricité effectivement fournie, alors que la Jirama devait continuer à honorer ses engagements financiers. Enelec avait, de son côté, évoqué des problèmes techniques majeurs affectant ses installations. 

Un redressement sur quatre ans 

La reprise de la centrale s’inscrit dans une démarche plus large. Le plan de redressement financier 2025-2028 de la Jirama vise à réduire progressivement son déficit opérationnel, moderniser les infrastructures, limiter les subventions de l’État, apurer les dettes et améliorer la qualité de l’approvisionnement en eau et en électricité. Il prévoit également une réduction de la dépendance aux combustibles fossiles, particulièrement coûteux pour l’entreprise. Sur le plan opérationnel, plusieurs leviers sont retenus. La compagnie doit réhabiliter ses centrales existantes, développer les énergies renouvelables, améliorer les réseaux de transport et de distribution et réduire les pertes techniques et commerciales. La lutte contre les branchements illicites et les fraudes, le renforcement du recouvrement des factures et le déploiement de compteurs intelligents ou prépayés figurent également parmi les mesures annoncées. La renégociation de certains contrats de location de groupes électrogènes et d’achat d’électricité doit contribuer à réduire les charges. 

Des mesures pour renforcer la production 

Le développement de l’énergie solaire constitue un autre axe important. Le plan prévoit l’installation de nouvelles capacités photovoltaïques, accompagnées de systèmes de stockage par batteries. La Jirama entend également s’appuyer sur les grands projets hydroélectriques, notamment Volobe, Sahofika et Antetezambato, dont les contributions sont attendues à plus long terme. Ces investissements doivent progressivement réduire le recours aux centrales thermiques et améliorer le coût de production. 

En attendant les effets de ces investissements, plusieurs mesures d’urgence ont été annoncées. Lors du Conseil des ministres du 3 novembre, le gouvernement a autorisé la Jirama à conclure directement un contrat avec TWCM Holding pour l’acquisition de groupes électrogènes fonctionnant au gasoil, d’une puissance totale annoncée de 18 MW, ainsi que de transformateurs électriques. Des transformateurs appartenant à Madagascar Utilities et situés à Ambohimanambola doivent également être réquisitionnés et transférés vers la centrale de la Jirama à Toamasina. Ces équipements doivent permettre de soutenir la production et d’assurer la continuité de la distribution. Ces mesures complètent les opérations déjà engagées pour renforcer les capacités de production dans les régions. À Antananarivo, la remise en service de la turbine à combustion TAC 1 d’Ambohimanambola doit notamment permettre de récupérer environ 18 MW supplémentaires. Le Réseau interconnecté d’Antananarivo (RIA) a enregistré une réduction de son déficit électrique, passé de 44,9 MW en septembre 2025 à 23,5 MW en septembre 2026. Il était estimé à environ 15 MW pour les mois d’octobre et de novembre. Cette évolution traduit une amélioration de la situation, sans pour autant garantir la disparition des délestages. 

Le principal obstacle reste toutefois financier. La Jirama produit encore son kilowattheure à un coût estimé à 1 225 ariary, alors qu’elle le vend autour de 795 ariary au consommateur. Cet écart de 430 ariary par kilowattheure contribue à creuser les pertes de l’entreprise. La compagnie reste ainsi dépendante du soutien financier de l’État, qui représente environ 300 milliards d’ariary par an, selon les informations communiquées par la commission parlementaire chargée d’enquêter sur sa gestion. La dette de la Jirama et ses engagements envers les fournisseurs de carburant et les producteurs indépendants constituent également un poids important. Le plan de redressement prévoit un apurement progressif des arriérés et une meilleure maîtrise des engagements contractuels. La reprise de la centrale d’Enelec illustre cette volonté de revoir les relations avec les prestataires et de renforcer la maîtrise publique de la production. 

Des résultats encore attendus 

Parallèlement, la commission d’enquête parlementaire poursuit ses investigations sur les dysfonctionnements de gestion, les pertes financières et les causes profondes des difficultés de la compagnie. Des descentes sont prévues sur les sites de production et de distribution. Le rapport de cette commission est attendu avant la fin de l’année 2026. Le redressement ne concerne pas uniquement l’électricité. Les difficultés d’approvisionnement en eau demeurent importantes, notamment à Antananarivo et dans plusieurs villes. Le programme de la Jirama prévoit la réhabilitation des installations de production et de distribution, l’extension des capacités de traitement et le développement de nouveaux forages. À Antananarivo, plusieurs projets ont notamment été annoncés, dont l’extension de Mandroseza III, avec une capacité supplémentaire prévue de 40 000 m³ par jour, le projet Jirama Water III à Amoronakona, annoncé pour 50 000 m³ supplémentaires, ainsi que la réalisation de plus de trente forages. Leur calendrier de réalisation et leur contribution effective à l’amélioration de la distribution restent des éléments à suivre. Sur les réseaux sociaux, la reprise de la centrale d’Enelec suscite des réactions parmi les abonnés. « L’intégration d’Enelec sous la gestion de la Jirama apporte une nouvelle organisation dans la gestion de la production électrique. Bravo à l’État », réagit Quevin Maharitra. Amiel Rahajaharizafy insiste, pour sa part, sur la nécessité d’assurer un suivi rigoureux de cette transition. « Merci, mais veillez à ne pas laisser les anciens responsables mettre en difficulté les agents qui restent. Il faut surveiller attentivement la gestion et revoir la place des prestataires au sein de la Jirama dans tout Madagascar, afin de redonner à la société la maîtrise de sa gestion », souligne-t-il. 

Pour les ménages, les commerçants et les entreprises, ces réorganisations ne prendront véritablement leur sens qu’à travers une alimentation plus régulière. Les coupures entraînent des pertes de marchandises pour les commerces équipés de réfrigérateurs, perturbent les activités professionnelles et compliquent les tâches quotidiennes. Dans le secteur de l’eau, les abonnés attendent également une distribution plus prévisible et une meilleure disponibilité de la ressource. Entre les mesures d’urgence, la reprise de certaines installations, les investissements annoncés et le plan de redressement financier 2025-2028, la Jirama dispose de plusieurs leviers d’intervention. Mais leur mise en œuvre, leur financement et le respect des échéances restent déterminants.

 La réduction des délestages, la continuité de la distribution d’eau et la maîtrise des coûts permettront de mesurer les résultats de cette stratégie 

Lucia Rabarijaona 

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