Tête-à-queue

Quatre heures de bouchons entre Itaosy et Ampasika. Une journée ou plus sur la RN 2 où tout le monde doit subir le bon vouloir des camionneurs au quotidien. Il va sans dire que l’issue se rétrécit de plus en plus pour les usagers de la route. Et cela va de mal en pis avec le boom de la vente de motos, de bajajs, de camions, de bus, sans oublier les bicyclettes qui se faufilent dans ce décor infernal.

Y a-t-il encore une solution ? Pour le moment, on ne voit pas d’issue étant donné que la situation est la même partout, heure de pointe ou pas. À Anosizato, le chantier du fly-over avance, mais d’ici sa finition, le nombre de véhicules en circulation risque de tripler au rythme où va l’utilisation des deux-roues.

Eh oui, les motos obstruent complètement l’issue, que ce soit à Anosizato, à Itaosy ou à Ampasika. Une image surréaliste. Dès que la circulation s’ouvre, un essaim de motos étouffe tout le reste tel un nuage de fumée qui bloque toute vision pour le reste.

Il va falloir prendre des mesures drastiques en limitant l’importation de motos et de bajajs et sauver ce qui peut encore l’être. Une entorse à l’économie de marché régie par la loi de l’offre et de la demande. Ainsi, alors que tout le monde pense que la moto est l’antidote des embouteillages, elle est devenue le principal facteur des blocages avec le nombre exponentiel de motos et surtout l’indiscipline des conducteurs.

La circulation alternée des véhicules selon leur immatriculation est loin d’être réaliste puisqu’avec l’anarchie et la corruption, les petits malins trouveront toujours des moyens pour circuler tous les jours, quitte à confectionner plusieurs plaques d’immatriculation.

Antananarivo étouffe et il n’y a rien d’étonnant si la ville est de plus en plus polluée, non seulement par les feux de brousse, mais aussi par le nombre de véhicules qui circulent, dont une grande partie est plus dangereuse que la cheminée des grandes usines.

C’est maintenant qu’on prend conscience que, d’ici quelques années, si ce n’est déjà le cas, Antananarivo sera une ville où l’entrée et la sortie deviennent compliquées, voire hypothétiques. On risque de dormir dans la rue et de rentrer le matin ou le surlendemain. La création d’une nouvelle ville n’était finalement pas un caprice. L’idée était même visionnaire, mais elle a été mal prise et mise sur le compte de la politique.

Il faut trouver un nouvel espace pour désengorger la capitale de son trop-plein d’habitants qui dépassent nettement la capacité des infrastructures et sont inaptes à vivre en milieu urbain, de son trop-plein de bandits, fruits du chômage et de l’oisiveté, que la répression policière ne pourra pas annihiler. De son trop-plein d’entreprises polluantes qui hypothèquent la santé de la population. De son trop-plein de constructions illicites qui dénaturent l’architecture de la ville et la transforment en un monstre hideux sans identité ni originalité.

Autant de raisons qui font qu’on aura beau refaire les égouts et les évacuations d’eau, cela résoudra juste un problème, mais les autres équations du troisième degré avec plusieurs inconnues restent sans solution.

Laisser faire et laisser aller comme l’économie de marché n’est plus la meilleure option. Il y a un moment où il faut trancher dans le vif. La CUA est en train d’assainir la ville de gré ou de force, ou plutôt de force. Si c’est la seule option pour arriver à ce que l’on cherche, il faut l’adopter. Négocier et palabrer font souvent perdre du temps. Seuls les résultats jugeront. Ils seront sans appel.

Sylvain Ranjalahy

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