Self-service

On n’est mieux servi que par soi-même. L’Afrique l’a finalement compris. C’est dans ce sens que le colonel 

Randrianirina s’est déplacé au Botswana. Un déplacement qui s’inscrit dans la recherche de nouveaux partenaires dans les échanges. Le Botswana, producteur de diamant, est la septième économie la plus riche d’Afrique subsaharienne et la troisième puissance économique en Afrique australe en termes de PIB par habitant estimé à 7500 à 7800 dollars (contre 456 à 599 dollars pour Madagascar). Il s’agit donc d’un partenaire de choix.

C’est également l’esprit d’Alamein Africa Forum organisé en Égypte avec une vingtaine de dirigeants africains. Pendant trois jours, ils ont médité sur la manière de développer le commerce intra-africain. L’un et l’autre s’inscrivent en droite ligne des objectifs du Népad (Nouveau Programme de Développement de l’Afrique) créé le 11 juillet 2001 par cinq pays, en l’occurrence l’Afrique du Sud, l’Algérie, l’Égypte, le Nigeria et le Sénégal lors du sommet de l’Union africaine à Lusaka. Cinquante-cinq pays y ont adhéré. 

Le Népal n’a pas eu les effets escomptés pour diverses raisons mais la nécessité d’une coopération entre les pays africains ne fait pas de doute. L’idée a été, d’ailleurs, reprise par le colonel Khadafi qui voulait construire une Afrique unie et rassemblée autour d’un concept économique. Le projet n’a jamais vu le jour puisque Khadafi a emporté avec lui l’ébauche du projet. 

Depuis quelques années, les pays africains relancent l’idée à travers la Zlecaf (Zone de libre- échange continentale africaine). Il s’agit d’un marché commun regroupant 1,5 milliards de consommateurs répartis sur cinquante-cinq pays.  La Zlecaf entrait en vigueur le 30 mai 2019 mais le début des échanges était fixé le 1er janvier 2021 avec plus ou moins de succès. Tout simplement parce que certains pays estiment qu’ils n’ont rien à gagner dans ce système. 

Madagascar en fait partie et a mis du temps pour la ratifier. Le milieu industriel était réticent étant donné que la balance commerciale reste nettement déficitaire aussi longtemps qu’on ne produit pas ce dont on a besoin et que la Zlecaf ne fera que creuser l’écart entre l’importation et l’exportation. Ce qui n’est pas faux, en revanche, Madagascar peut trouver des intérêts dans les emplois en informatique. 

Mais rien n’est moins sûr, puisqu’on est incapable de produire des cure-dents ou des aiguilles. C’est dire. Sans industrie de transformation, on risque de ne pas faire le poids dans cet échange. 

C’est d’autant plus vrai que, dès le réveil, on boit du café du Brésil ou de Cuba, on tartine le pain avec du beurre français, on met des vêtements made in China ou Vietnam, on chausse allemand (Adidas), italien (Tod’s), français (Weston), américain ( Nike), on parade avec un téléphone coréen ( Samsung) ou américain ( IPhone), on monte dans une voiture américaine (Cadillac), allemande ( Porsche), chinoise ( BYD), on utilise un ordinateur chinois (Lenovo), américain (HP), taïwanais (Asus) et on se marie avec toutes les nationalités. 

Pour le moment, la souveraineté se situe au niveau des discours et reste un mirage. Mais, entre le self-service et la politique tous azimuts, il n’y a pas de grosse différence.

Sylvain Ranjalahy

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