Madagascar, le boutre, les Comores

Voilà 50 ans, en décembre 1976, la compagnie aérienne belge Sabena affrétait spécialement des Boeing 737 pour évacuer vers leur archipel d’origine les migrants comoriens en butte à des violences xénophobes à Majunga. 

Le chiffre, important, d’un contingent de 15.000 personnes, pourrait s’expliquer d’abord par la proximité historique ancienne de ce port du Nord-Ouest de Madagascar avec les «gens d’outre mer», les Antalaotra, arrivant principalement de l’Afrique orientale et/ou transitant par les Comores. 

Suite à l’annexion de Madagascar dans le Ministère français des colonies (les relations compliquées et conflictuelles avec la Grande île relevaient précédemment du Ministère de la Marine), et pendant la parenthèse coloniale, ce flux ancien avait pu être renforcé par la décision de l’administration coloniale de créer une juridiction unique de «Madagascar et Dépendances» (1914-1947), associant administrativement, et organiquement, les Comores à Madagascar au point d’envoyer en exil à Dzaoudzi les suspects de l’affaire «Vy Vato Sakelika» en 1916. 

Le poète Ny Avana Ramanantoanina (1891-1940) figurait parmi ces déracinés et il ne fut pas tendre envers sa terre d’exil : «Sary izy ka mba soa... ! Raha onena-mahakivy ! Tonga botry sady etry ao ny zava-manana aina, Fa mangetana ny tany, vatovato sy firina» (Belle de loin, tellement loin d’être belle ; rocaille crevassée d’une chaleur toute minérale). Le mot «botry», que complète «etry», caricature une vie rabougrie et sans vitalité. Par contre, ce mot «botry» est le parfait homonyme de l’embarcation de type arabe qui reliait les îles, Nosy-Be, Zanzibar et les Comores. 

À la fin des années 1970, époque des démêlés du mercenaire français Bob Denard avec les différents protagonistes comoriens, dont Ali Soilih, le groupe «Lôlô sy ny tariny» avait popularisé une chanson moquant les Comoriens débarquant des boutres dans l’espoir d’un «ravin’ahitra», vie meilleure, à Majunga : marchands de manioc, vendeurs de «masikita», gardiens chez les Vazaha.

Depuis le 21 juillet 2026, une loi comorienne prévoit de réserver aux Comoriens de naissance l’exercice de certains petits commerces. Avec quasiment le même contingent que relevé en 1976 pour les «Sabena» de Majunga, 20.000 Malgaches vivraient actuellement aux Comores. Entretemps, si les deux pays tardent à rejoindre le cercle vertueux des pays émergents, (plus que) 45% des Comoriens vivent sous le seuil de pauvreté contre (encore) 75% des Malgaches. 

Quarante ans après la mélodie désinvolte de «Lekaoma», les boutres font manifestement voile contraire. Le stabilo d’Outre-Mer la 1ère fait mal : «Par le passé, les immigrés malgaches (aux Comores) étaient plutôt des professeurs, des employés du BTP, ou parfois des médecins ; beaucoup sont aujourd’hui vendeurs de fruits et légumes, de poissons séchés ou coiffeurs». On peut s’ingénier à ne pas avancer, on peut à la rigueur conceptualiser la science de l’immobilisme, mais reculer aussi catastrophiquement constitue un crime de haute trahison de la part des incapables successifs qui ont prétendu gouverner Madagascar. 

Nasolo-Valiavo Andriamihaja 

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