Le prince Ratefy exécuté à cause du serment de Sahafa

Une représentation de la princesse Ramavo, devenue Ranavalona Ire, conçue par des historiens car elle a toujours refusé d’être peinte.

En évoquant la mort du prince Ratefinanahary, Jean Valette en profite pour faire « une analyse et critique des sources » qui abordent le sujet. Celles-ci, précise-t-il d’emblée, mentionnent toutes « qu’il était assassiné ou exécuté par Ranavalona Ire ». Et si certains auteurs se contentent de livrer ce fait, d’autres sont plus explicites et donnent parfois de longues explications sur la mise à mort du prince.

Parmi ces dernières sources, l’archiviste-paléographe cite dans l’ordre chronologique, le « Journal » de Robert Lyall, l’« History of Madagascar » de William Ellis, l’ « History of Madagascar » de Raombana, et les « Tantara ny Andriana eto Madagascar » du R.P. Callet. Il dissocie toutefois la source Lyall.

William Ellis est le premier à avoir donné une relation du meurtre du prince Ratefy et Jean Valette l’évoque à travers l’analyse qu’en donne Simon Ayache. « Ratefy et son épouse Rabodosahondra (sœur du roi défunt, Radama Ier) se mirent en chemin de Tamatave à Tananarive dès qu’ils apprirent la mort de Radama. Avertis des dangers qui les menaçaient, ils auraient regagné la côte Est dans l’espoir de s’embarquer vers Maurice. » Mais ils n’arrivent pas à en convaincre le capitaine du navire anglais en partance, et ils auraient été contraints de se réfugier dans la forêt. Là, « les ‘tueurs’ de Ranavalona les auraient rejoints, exécutant successivement Ratefy et Rabodosahondra ».

Dans son « History of Madagascar », Ellis insère une lettre, en date du 28 août 1808, écrite par le prince Ratefy à Charles Colville, gouverneur de Maurice. Dans cette lettre, il manifeste quelques craintes sur son sort futur, envisage un éventuel séjour hors de Madagascar et renouvelle les sentiments d’amitié et d’estime qu’il porte à la Grande-Bretagne.

Selon Raombana qui rédige son « History » vers les années 1850, Ranavalona Ire aurait d’abord « assassiné » Rabodosahondra avant d’arrêter Ratefy. Après l’exécution de Rabodosahondra à Vohiboaza du côté de Brickaville, les émissaires de Ranavalona se seraient portés à Toamasina, y arrêtent Ratefy et les ramènent en Imerina jusqu’à Ambatomanga où il est alors accusé « d’avoir déserté sa garnison à Tamatave » et gagner l’Imerina dans le but d’aider la fille de Radama (Raketaka) et son propre fils, Rakotobe, à s’emparer du trône.

Ratefy se serait défendu de cette accusation en rétablissant la vérité : « Loin d’avoir jamais déserté à Tamatave, il y était demeuré pour tenir la ville de Sa Majesté, mais officiers et soldats l’en avaient arraché, contrairement à sa volonté. » Malgré ces dénégations, il est mis à mort à Ambatomanga.

Raombana ajoute que, selon le témoignage qu’il recueille d’un Anglais, Reddington, le prince Ratefy aurait pu échapper à son sort. L’Anglais lui aurait, en effet, fait part des nouvelles reçues d’Antananarivo- meurtres de son fils Rakotobe et de la mère du défunt roi, Rambola-masoandro, envoi d’officiers à Toamasina, etc. -, mais le prince aurait rétorqué qu’il estime n’avoir rien à craindre, car « il avait toujours entretenu d’amicales relations avec Ranavalona et avec sa famille ».

Reddington rapporte aussi à Raombana qu’il écrit une lettre au gouverneur de Maurice « afin de faire venir un navire de guerre pour chercher Ratefy », mais le bâtiment serait arrivé trop tard.

Le meurtre du prince Ratefinanahary retient aussi l’attention des informateurs du R.P. Callet. Dans ses « Tantara », ce dernier expose que Ratefy se rend en Imerina de son propre gré et qu’à l’annonce de cette nouvelle, Ranavalona Ire envoie à sa rencontre deux de ses officiers, Ravalontsalama et Andriampizeha pour le retenir sous bonne garde à Ambatomanga. L’arrestation effectuée, une assemblée se serait tenue à Antananarivo pour entendre et juger Ratefy. Celui-ci aurait expliqué son voyage pour rencontrer la nouvelle reine.

« Aucun ordre de la reine ne m’est parvenu et j’ai décidé ce voyage après m’être entretenu avec deux Européens (les Rev. Bennet et Griffiths qu’il rencontre, toutefois, à Ambatoharana et non à Toamasina). Je viens me présenter à Ranavalona, car c’est elle qui succède à Radama. J’ai aidé Andrianampoinimerina et Radama lors de l’unification de l’Imerina. Mon père a quitté les siens pour servir Andrianam-poinimerina et comme le royaume appartient maintenant à Ranavalona, je viens l’assurer de mon allégeance et solliciter ses ordres. Si tel n’est pas l’objet de mon déplacement et que je complote contre la reine, faites-moi subir l’épreuve du tanguin. »

Sur quoi les accusateurs auraient répondu que le fait d’avoir quitté le poste qui lui est confié, tombe sous la loi punissant de la peine de mort par le feu les déserteurs et qu’elle doit lui être appliquée. Cette loi date du Kabary de Sahafa organisé par Radama en 1820 et dont Ratefy est l’un des promoteurs. La sentence est rapportée à la reine qui aurait répondu : « J’apprécie les services rendus par Ratefy, je ne peux donc décider sa mort, mais c’est votre serment qui le veut. » Et Ratefy est exécuté.

Pela Ravalitera

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