Notre vulnérabilité naturelle s’affirme quand un grand ensemble de ce qui sert pour la compenser vacille. La saison dans laquelle on baigne actuellement est aussi celle où on patauge dans un marasme produit par une des plus irréductibles de nos bêtes noires qui dévorent une majorité des moyens techniques, ces instruments qui nous sont indispensables pour dépasser notre faiblesse originelle, qui dépendent de l’électricité font défaut. Et les temps sont durs, ne sont pas tendres avec cette précarité que l’histoire, jalonnée d’inventions techniques qui nous ont propulsés au sommet de la chaîne alimentaire, a atténuée. Les délestages et les autres formes de privation de l’électricité ne peuvent que dévoiler cette fragilité.
Platon a un jour exploité le mythe de Prométhée pour expliquer l’utilité de la technique pour l’humanité. Oubliée lors de la distribution des dons qui serviront pour la survie comme les ailes pour les oiseaux, les crocs et les griffes pour les félins, la vitesse pour les guépards, la fourrure pour les ours… L’humanité fut alors démunie et condamnée. Pour éviter cette extinction annoncée, Prométhée vola le feu et les savoir-faire techniques aux dieux et grâce à ce précieux cadeau, les hommes ont acquis une puissance inédite qui leur a permis d’enclencher un processus et purent ainsi subsister. Mais aujourd’hui, quand on a donné trop de poids à l’électricité, lorsque cette dernière se fait désirer, la quasi-totalité de nos activités, domestiques ou professionnelles, sont réduites à un arrêt frustrant.
René Barjavel a, dans son roman Ravage, imaginé une société de l’année 2052 qui a mis tous les secteurs sous la dépendance de l’électricité. Brusquement, celle-ci s’efface et entraîne dans sa chute toute la civilisation qui se trouve totalement dépouillée : toute production est neutralisée par l’arrêt des machines, la paralysie des transports interrompt le mouvement des hommes mais aussi des marchandises et de la nourriture, l’eau cesse de couler, la maladie s’impose et les hommes sombrent dans une crise sanitaire inédite… Se dévoile une dépendance à l’énergie électrique qu’on ressent déjà quand son défaut, durant les heures de détresse qui sont celles des délestages, nous immobilise.
On peut dire qu’on éprouve un avant-goût de ce cadre apocalyptique du livre de Barjavel, nos journées traversent des moments qui sont déjà exaspérants. Car si le feu de la technique nous a émancipés des contraintes naturelles, à travers notamment l’exploitation de l’électricité, cela nous a jetés dans une dépendance qui se découvre dans la noirceur de l’absence de la lumière électrique.
Fenitra Ratefiarivony