INSÉCURITÉ ROUTIÈRE - Des milliers d’accidents recensés chaque année

Les assureurs comptent 4 667 accidents en 2025, mais leurs données ne couvrent que les véhicules assurés. L’OMS estimait, de son côté, à plus de 6 500 le nombre de décès sur les routes en 2021. 

L’accident de circulation mortel qui s’est produit au tunnel Ambohidahy, au mois de septembre.

Les routes de Madagascar sont le théâtre de milliers d’accidents de la circulation chaque année. L’Organisation mondiale de la santé (OMS) estimait à 6 512 le nombre de décès sur les routes du pays en 2021, soit un taux de 22,5 pour 100 000 habitants. Cette estimation porte toutefois sur une année et un périmètre différents de ceux des données locales présentées ici.

Selon la base de données de l’Association professionnelle des entreprises d’assurance à Madagascar (APEAM), citée par l’Agence des transports terrestres (ATT), 4 667 accidents de la circulation ont été recensés en 2025 au niveau national. Au premier semestre de cette année, la tendance est légèrement à la baisse : 2 141 cas ont été comptabilisés en 2026, contre 2 281 à la même période en 2025, d’après la même source. Sur le plan humain, l’année 2025 s’est soldée par 119 morts et 1 119 blessés, toujours selon l’APEAM. Pour les six premiers mois de 2026, le bilan fait état de 44 morts et de 558 blessés. Ces données ne concernent que les véhicules assurés: elles ne permettent donc pas de mesurer l’ensemble des accidents et de leurs victimes.

Les rues de la capitale sont également le théâtre d’accidents mortels. Entre janvier et mai 2026, les routes d’Antananarivo ont coûté la vie à plus de quarante personnes, selon la police nationale. Le bilan annuel de 2025 se situait entre soixante et soixante-quinze décès, d’après la même source. Du 27 septembre au 6 octobre 2026, le commissariat central de Tsaralalàna a par ailleurs enregistré 20 accidents de la circulation : 11 ont fait 22 blessés et 9 n’ont causé que des dégâts matériels. Aucun décès n’a été déploré pendant cette période.

Selon l’ATT, la base de données de l’APEAM de décembre 2025 montre une forte présence des voitures particulières (50,71 %) et des véhicules de transport en commun de personnes (17,22 %) parmi les véhicules accidentés. En juin 2026, la même tendance se confirme : les véhicules particuliers représentent 45,70 % des véhicules accidentés, et les véhicules de transport en commun de personnes, 16,95 %.

Imprudence

« La surreprésentation des accidents impliquant des voitures particulières par rapport aux véhicules de transport en commun s’explique principalement par des facteurs humains, structurels et réglementaires », selon l’APEAM. L’association explique cet écart notamment par la formation et le professionnalisme des conducteurs. Les conducteurs de transports en commun suivraient une formation initiale rigoureuse, passeraient des examens médicaux réguliers et posséderaient un permis professionnel. Pour les conducteurs particuliers, le permis B serait obtenu une seule fois dans la vie. Leurs compétences, leurs réflexes et leur santé ne seraient plus contrôlés par la suite, malgré le vieillissement ou les mauvaises habitudes.

Les facteurs humains occupent une place importante parmi les causes d’accidents citées par les organismes interrogés. La police nationale évoque l’imprudence et le non-respect de la réglementation par les conducteurs : excès de vitesse, dépassements dangereux, alcool au volant, fatigue et pression économique des chauffeurs de longue distance. S’y ajoutent la dégradation des routes et l’insuffisance des infrastructures.

« Le réseau routier est dans l’ensemble en mauvais état, mais la situation reste supportable pour le moment grâce aux travaux de réhabilitation en cours », estime Claude Richard Rakotondrandria, vice-président de l’Association des transporteurs camionneurs. Pour d’autres transporteurs, comme Mario Randria, président d’une coopérative de transport, l’état dégradé des routes n’est pas en cause dans les accidents. « Les véhicules roulent lentement sur les nids-de-poule. La vitesse excessive reste la principale cause », estime-t-il. Le problème est aggravé par la puissance élevée de la plupart des véhicules qui circulent à Madagascar, y compris les poids lourds.

En 2026, de nombreux cas de chocs à l’arrière et de non-respect de la signalisation fixe et/ou mobile aux carrefours ont été constatés, selon l’APEAM.

Le mauvais état et la surcharge des véhicules de transport sont aussi en cause. Selon des chiffres de la direction générale de la sécurité routière datant de 2019 et rapportés par la presse écrite, 412 véhicules ont été déclarés inaptes pour des problèmes techniques lors d’une opération de contrôle menée du 16 au 30 avril 2019. Les transporteurs répliquent qu’ils entretiennent régulièrement leurs véhicules et dénoncent la qualité des pièces vendues sur le marché. « Ces pièces fragiles sont sources d’accidents. Une transmission que j’ai achetée a cassé au bout de quelques mois, en pleine route. Heureusement qu’il n’y avait pas d’autres véhicules, sinon, cela aurait été fatal », témoigne Njaka Rabenirina, transporteur.

Côté localisation, selon les données de l’APEAM, la plupart des accidents corporels et mortels de 2025 se sont concentrés sur les routes nationales, notamment la RN12 (Vohipeno), la RN7 et la RN4 (Maevatanana). La base de juin 2026 fait pour sa part ressortir les lignes droites (57,25 %) et les intersections de rues (15,97 %). Elle mentionne également la RN2, les aires de stationnement, Ankorondrano et la RN7 parmi les lieux d’accidents.

Miangaly Ralitera

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