ENVIRONNEMENT - La pollution de l’air menace Antananarivo

Après la pluie, la qualité de l’air s’est améliorée, mais le répit pourrait être de courte durée. Les conditions météorologiques annoncées pourraient favoriser de nouveaux épisodes de pollution.

Une épaisse fumée asphyxie la capitale.

Du mercredi 21 au samedi 24 octobre, l’air d’Antananarivo est devenu malsain pour l’ensemble de la population. Selon la direction générale de la météorologie, les concentrations de particules fines PM2,5, d’un diamètre inférieur à 2,5 micromètres, ont atteint jusqu’à huit fois les normes nationales à Ampandrianomby, Andraharo, Soanierana, Ambatobe et Amboditsiry. La Météorologie parle de pics de pollution.

La pluie du week-end dernier a depuis apporté un répit. « La qualité de l’air se situe désormais autour du seuil de 15 µg/m³ », a indiqué hier Zo Rakotomavo, directeur des recherches et développements hydrométéorologiques. Les prévisions ne sont toutefois guère rassurantes. Ce ne serait que le début d’une période de pollution. « Si les pluies ont commencé à temps en octobre, des interruptions avec des séquences sèches fréquentes sont attendues en novembre et décembre. Les pics de pollution, similaires à ceux de la semaine dernière, risquent donc de se reproduire souvent», prévient-il.

Il rappelle que les polluants s’accumulent lorsque les conditions sont réunies: absence de pluie et de vent, ainsi que chaleur. 

« En cette période d’intersaison, le manque de précipitations et les conditions atmosphériques limitent la dispersion des polluants, qui s’accumulent près du sol. Les épisodes de sécheresse augmentent aussi les risques de feux », explique le directeur des évaluations environnementales, de la lutte contre les pollutions et de la gestion des déchets au ministère de l’Environnement et du Développement durable.

Risques de maladies

Cette pollution provient de plusieurs sources: les émissions des véhicules, les feux de brousse et de forêt, le brûlage des déchets à l’air libre, les activités industrielles et artisanales, notamment la fabrication traditionnelle de briques, ainsi que les fumées domestiques liées à la cuisson au bois et au charbon. « Plusieurs de ces sources relèvent de gestes du quotidien, ce qui rend la réduction des émissions difficile à obtenir à court terme», poursuit ce responsable.

Les effets de la pollution de l’air sont nombreux : irritation des yeux, du nez et de la gorge, toux, difficultés respiratoires et aggravation de l’asthme, selon les explications des scientifiques. Une exposition prolongée augmente les risques de maladies respiratoires et cardiovasculaires et diminue la fonction pulmonaire. Selon un pneumologue, la pollution aggrave l’asthme non contrôlé et la rhinite allergique, et favorise la bronchite chronique et la bronchopneumopathie chronique obstructive (BPCO). L’Organisation mondiale de la santé rappelle également que la pollution atmosphérique augmente les risques de cancer du poumon et d’accident vasculaire cérébral (AVC).

Les enfants, les personnes âgées, les femmes enceintes et les personnes atteintes de maladies chroniques sont les plus vulnérables.

Face à cette situation, la Société malgache de pédiatrie a appelé les parents à limiter les sorties et les activités physiques en plein air, surtout près des zones à fort trafic, à garder les fenêtres fermées dans la journée et à aérer tôt le matin ou tard le soir. Dans les hôpitaux pédiatriques, des professionnels disent ne pas encore constater d’impact dans leurs statistiques.

Le ministère de l’Environnement et du Développement durable affirme renforcer ses actions de prévention. Il s’appuie sur le suivi de la qualité de l’air assuré avec la Météorologie, grâce à des capteurs et à des bulletins réguliers. Il poursuit également la sensibilisation des usagers de la route avec la Sécurité routière et renforce la lutte contre les feux de brousse et de forêt dans les régions concernées.

Le ministère promeut en outre des alternatives de cuisson moins polluantes, comme le biogaz et le charbon écologique, avec une foire « Cuisson propre » prévue les 27 et 28 novembre 2026. Il communique sur les réseaux sociaux pour inciter la population à protéger sa santé. Enfin, il prévoit de redynamiser le groupe de travail interministériel sur la pollution de l’air, qui réunit les secteurs concernés : transport, industrie et artisanat.

Ces mesures, centrées en grande partie sur l’information et la sensibilisation, suffiront-elles à limiter des pics de pollution que les conditions météorologiques des prochains mois pourraient rendre plus fréquents ?

Miangaly Ralitera 

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