DISCIPLINE, CITOYENNETÉ, EMPLOI - Les ambitions du service national à préciser

Le chef de l’État se dit favorable au rétablissement du service national hors service militaire. Dans un discours prononcé à Ihosy, samedi, il a indiqué que les modalités de sa remise en application sont à l’étude au niveau de l’Exécutif.

Le chef de l’État durant son discours, à Ihosy, samedi.

Un devoir d’honneur. C’est ainsi que la loi portant organisation générale de la défense qualifie le service national. Le discours prononcé par le colonel Michaël Randrianirina, chef de l’État, à Ihosy, samedi, a remis le sujet sous les feux de l’actualité.

Dans cette allocution de clôture des assises des autorités traditionnelles du Sud, le locataire d’Iavoloha s’est dit favorable au rétablissement du service national hors service militaire. Un retour qu’il qualifie de «nécessaire, même juste pour quelques mois», afin d’inculquer aux jeunes la discipline, le sens de la responsabilité et du patriotisme. Selon lui, « la jeunesse manque cruellement de discipline ». Le chef de l’État indique ainsi que les modalités pour relancer le service national hors service militaire «sont en cours d’étude» au niveau de l’Exécutif. Les contours de cette initiative, son calendrier et ses modalités pratiques restent cependant à préciser.

Le service national est institué par une ordonnance datant de 1978. Il y est défini comme la participation « obligatoire » des jeunes Malgaches à la défense nationale ainsi qu’au développement économique et social du pays. Outre la formation militaire, les participants effectuaient également des activités communautaires et rurales comme l’enseignement, l’assistance administrative, ou participaient à des chantiers d’intérêt public. D’une durée de deux ans maximum, le service concernait les jeunes de 18 à 31 ans. Un décret pris en 1992 a levé le caractère obligatoire du service national et a édicté qu’il était désormais basé sur le volontariat.

Toutefois, le recrutement massif des « SN », un diminutif qui est devenu un indicatif des participants au service national, a commencé à être freiné dès la fin des années 80. Depuis plusieurs années, les jeunes de 18 à 31 ans ne sont plus requis que pour prendre part à un test d’aptitude militaire afin d’obtenir le certificat y afférent, un document nécessaire pour certains dossiers administratifs. Néanmoins, contrairement aux présomptions, le service national existe toujours. L’ordonnance de 1975 (ou 1978) est toujours en vigueur. Les participants s’y engagent donc volontairement. Ils peuvent choisir deux voies : soit le volet strictement militaire dans l’optique d’un engagement dans l’armée, soit la formation professionnelle à travers le service militaire d’action au développement.

Limites

Toutefois, en raison de limites financières, mais aussi en matière d’encadrement et de capacité d’engagement de l’armée, le nombre des participants au service national est limité. Une source avisée explique que « ces limites sont justement une des raisons qui ont amené à mettre fin au SN tel qu’il était sous son format durant les années 80 ». Dans les débats sur l’insécurité rurale au Parlement, l’armée est fréquemment pointée du doigt, certains estimant que les participants au service militaire formés au maniement des armes qui n’ont pas été engagés sont enrôlés par les dahalos.

À entendre le discours du locataire d’Iavoloha à Ihosy, le pouvoir de la Refondation de la République songe à rétablir le caractère « obligatoire » du service national. L’idée a aussi fait son chemin durant les assises nationales des Forces armées. Outre l’ambition d’inculquer les valeurs de discipline, de responsabilité et de patriotisme, les études en cours devraient aussi réfléchir aux coûts qu’impliquera cette décision. Il s’agira de mobiliser les ressources humaines nécessaires au sein de l’armée pour encadrer les participants au service national, qui pourraient se compter en dizaines de milliers sur l’ensemble du territoire.

La question de la charge budgétaire et logistique s’impose aussi. Dans les années 80, les engagés étaient logés et nourris durant tout le temps du service. Ils étaient dotés d’effets et d’uniformes et bénéficiaient d’une couverture sanitaire. Comme indiqué précédemment, les limites financières et logistiques ont amené l’État à revoir ses ambitions sur le service national à la fin des années 80 et à mettre officiellement un terme à l’engagement obligatoire au début des années 90. Les réflexions devraient ainsi porter sur la manière de conjuguer le rétablissement du caractère obligatoire du service national avec les moyens à la disposition de l’État.

Par ailleurs, il faudra aussi réfléchir à la portée juridique de l’initiative, notamment par rapport aux conventions internationales auxquelles Madagascar a adhéré, telles que la convention sur le travail forcé et le protocole international y afférent. Dans une publication sur le rapport du gouvernement concernant ce protocole, la Commission internationale du travail (CIT) a rappelé « que l’imposition de travaux de développement dans le cadre du service militaire obligatoire est incompatible avec la convention [sur le travail forcé], aux termes de laquelle les travaux ou services exigés en vertu des lois sur le service militaire obligatoire doivent revêtir un caractère purement militaire ».

Garry Fabrice Ranaivoson

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