CLIMAT - Le gouvernement anticipe les effets d’El Niño

Un épisode El Niño particulièrement puissant pourrait perturber la saison des pluies à Madagascar, avec des risques de sécheresse, de fortes chaleurs et d’inondations. Les besoins pour faire face à ces menaces sont estimés à environ 220 millions de dollars.

Des dégâts du cyclone Gezani à Toamasina, en février.

Le gouvernement prépare une réponse mobilisant plusieurs secteurs pour faire face aux risques climatiques liés au phénomène El Niño. Le ministre de l’Économie et des Finances, Herinjatovo Aimé Ramiarison, en a présenté les grandes lignes lors des Assemblées annuelles du Groupe de la Banque mondiale et du Fonds monétaire international (FMI), qui se tiennent à Bangkok jusqu’au 18 octobre.

Selon la direction générale de la Météorologie, un épisode El Niño très puissant pourrait influencer fortement le climat durant la saison des pluies. La première partie de la saison serait marquée par un déficit pluviométrique, une sécheresse et des températures extrêmement élevées. À l’inverse, la seconde partie pourrait connaître des précipitations abondantes, avec des risques d’inondations, de crues soudaines et de glissements de terrain.

Les prévisions régionales précisent cette évolution. D’octobre 2026 à janvier 2027, les précipitations devraient être inférieures à la normale dans une large partie du pays, notamment dans les régions Atsimo-Andrefana, Anosy, Androy, Ihorombe, Boeny, Betsiboka, Melaky, Menabe, Bongolava, Itasy, Vakinankaratra, Analamanga, Amoron’i Mania, Haute Matsiatra, Alaotra-Mangoro, Atsinanana, Vatovavy, Fitovinany et Atsimo-Atsinanana.

De février à avril 2027, les précipitations devraient être supérieures ou conformes à la normale dans d’autres régions, dont Diana, Sofia, Sava, Ambatosoa et Analanjirofo, mais également dans plusieurs régions concernées par le déficit pluviométrique initial, comme Analamanga, Boeny et Menabe. La répartition des pluies pourrait ainsi se traduire par un manque d’eau dans certaines zones du Sud et par un excès de précipitations dans certaines parties du Nord.

Un responsable auprès du ministère de l’Eau, de l’Assainissement et de l’Hygiène craint que le retard des pluies et les fortes chaleurs ne pèsent sur l’approvisionnement en eau dans l’Ouest, le Sud, le Sud-Ouest et à Antananarivo.

Des risques sanitaires multiples

« Sans pluie, les ressources en eau ne sont pas réalimentées et, avec de fortes températures, l’évaporation s’accentue et les ressources existantes se tarissent. Les réserves d’eau potable pourraient donc diminuer », explique cette source.

Dans le Nord, le risque est inverse. « D’éventuelles inondations pourraient contaminer les ressources en eau », poursuit-elle.

Pour la capitale, une source auprès de la Jirama se veut rassurante. « Les ressources de Mandroseza devraient suffire jusqu’à la prochaine saison des pluies, et la réserve de Tsiazompaniry, qui l’alimente par l’Ikopa, est encore suffisante », indique-t-elle. Les difficultés pourraient plutôt concerner les extrémités du réseau, alimentées notamment par les rivières Mamba et Sisaony. « Le niveau de ces cours d’eau commence à baisser, mais permet encore l’approvisionnement pour le moment », précise-t-elle.

Sur le plan sanitaire, la sécheresse pourrait entraîner une pénurie d’eau, aggraver la malnutrition et favoriser certaines maladies. Selon la note d’orientation stratégique d’Africa CDC (Africa Centres for Disease Control and Prevention), les risques comprennent notamment le choléra, la typhoïde et certaines affections cutanées ou oculaires. Les inondations et les fortes précipitations pourraient, quant à elles, favoriser les maladies à transmission vectorielle, comme le paludisme, la dengue et la fièvre de la vallée du Rift.

Les températures extrêmes pourraient également provoquer des maladies liées à la chaleur, la déshydratation, des troubles cardiovasculaires, des risques accrus pour la santé au travail et une augmentation du stress psychosocial.

Face à ces risques, les mesures envisagées par le gouvernement visent à protéger les populations, à renforcer les systèmes d’alerte précoce et à préserver les activités productives, notamment l’agriculture, la pêche et l’élevage.

L’État élabore ainsi une stratégie d’anticipation et de riposte mobilisant plusieurs institutions, dont le ministère de l’Eau, le ministère de la Santé publique et le Bureau national de gestion des risques et des catastrophes (BNGRC).

Le BNGRC indique avoir déjà commencé à prépositionner des vivres et du matériel, dont des vedettes, dans le Nord, afin de pouvoir intervenir en cas de cyclone ou d’inondations. Dans le Sud, les mesures comprennent l’installation de citernes d’eau et le ravitaillement en denrées alimentaires.

De son côté, le ministère de l’Eau indique accélérer ses projets d’approvisionnement dans les régions. Il annonce la mise en service de 320 systèmes multiusages dans le Sud, destinés à fournir de l’eau potable ainsi que l’eau nécessaire à l’élevage et à l’agriculture. Plusieurs camions-citernes et bonbonnes sont également déployés dans les zones exposées à la sécheresse. L’acquisition de douze camions-citernes supplémentaires est prévue prochainement.

Le ministère de la Santé publique prévoit, pour sa part, de mettre en place un système d’alerte précoce et de suivre l’évolution de la situation sanitaire de la population.

Les autorités appellent également les citoyens à contribuer aux efforts engagés. La Jirama sensibilise les usagers à éviter le gaspillage afin de préserver les réserves d’eau. De son côté, Météo Madagascar invite la population à épandre de l’eau usée pour humidifier l’atmosphère et faciliter la formation de la pluie. Cette dernière recommandation doit être confirmée auprès de la source avant publication.

Miangaly Ralitera

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