Ils ont de la chance. Le traitement et les soins des victimes d’intoxication alimentaire d’une entreprise à Ivandry ont été pris en charge par l’État. Il n’y a rien à reprocher à un tel geste, étant donné qu’il y va de la vie de plus d’une centaine de personnes. L’entreprise privée aurait dû le faire à la place de l’État, mais l’heure était à l’urgence. Maintenant, d’aucuns espèrent qu’une telle initiative n’a pas été prise pour les seuls besoins d’une communication politique. On sait que les inondations et les incendies sont des occasions très prisées par les politiciens pour se faire voir.
Pourquoi ne pas généraliser ce beau geste et décréter la gratuité des soins dans les établissements hospitaliers publics ? Cela constituerait une sacrée bouffée d’oxygène pour les hôpitaux publics et les centres de santé de base.
Beaucoup de patients rentrent à la maison en désespoir de cause, sans être guéris, faute de moyens pour mener à terme le traitement. Les médecins ne peuvent pas faire des miracles malgré leur compétence et leur volonté si les hôpitaux publics ne peuvent pas offrir le minimum aux patients. Aux urgences, ce n’est pas de gaieté de cœur que les médecins accueillent les patients par terre dans les couloirs. Une situation récurrente dans le plus grand hôpital du pays. Outre les infrastructures qui nécessitent un sérieux lifting, l’équipement des hôpitaux constitue également une nécessité impérieuse.
Si on peut consacrer un budget pour parer aux urgences, c’est mieux d’investir dans des projets structurants pour que les hôpitaux ne sentent pas l’odeur de la mort à mille lieues. La chance de guérison dépend pour 50 % de l’environnement qui entoure le malade ainsi que de la qualité des infrastructures. La compétence des médecins et une chance divine font le reste.
Ce ne sont pas seulement les victimes d’intoxication alimentaire qui méritent cette bienveillance de l’État. Sur les réseaux sociaux, les appels à l’aide pullulent. Des malades atteints de cancer, d’insuffisance rénale, de malformations cardiaques, d’hydrocéphalie… font appel justement au soutien des particuliers à défaut de celui de l’État. Quelques-uns sont sauvés, mais le destin a choisi de tourner le dos à la plupart. Avec les recettes d’« opérations gâteaux, cakes ou soupes », on s’accorde quelques jours ou semaines de sursis, mais la mort est juste repoussée et le verdict implacable.
Les soins et l’éducation sont les deux bases de la stabilité d’un régime. Il ne s’agit pas seulement d’annoncer que ce sont des priorités puisqu’ils le sont par nature, mais de le montrer à travers une politique volontariste. À votre santé.
Sylvain Ranjalahy