Bien accueillir l’enfant (partie 2)

El Niño est un réchauffement de l’océan Pacifique qui dérègle les pluies jusque chez nous. Cette année, il est annoncé fort : peu de pluie et beaucoup de chaleur dans le Sud, l’Ouest et une partie des Hautes Terres, plus de pluie au Nord et à l’Est. Reste à préparer la maison. Préparer ne veut pas dire acheter : 

chez beaucoup de familles, le budget est déjà à zéro. Voici des pistes, étage par étage. Chacun les adapte à sa situation.

À la maison, tout commence par l’eau. Le but n’est pas tant d’en consommer moins que de mieux la garder. Un récipient couvert, dans lequel on verse sans plonger les mains, vaut mieux qu’un seau ouvert. On peut le laver tous les trois jours et, si possible, en réserver un pour l’eau de boisson. Une eau trouble gagne à passer d’abord à travers un tissu propre. On peut ensuite la désinfecter au soleil, dans des bouteilles plastiques claires, pendant six heures par temps dégagé. Faire bouillir l’eau une minute est utile quand on a de quoi faire du feu. Le chlore marche aussi, en suivant la notice et en le gardant hors de portée des enfants.

Face à la chaleur, les gestes sont simples. On peut fermer volets et rideaux le jour, aérer la nuit, porter des vêtements amples et se reposer à l’ombre aux heures chaudes. Boire régulièrement aide, sans attendre d’avoir soif. Un vertige, une grande faiblesse ou un mal de tête violent sont des signaux d’alerte : on va au frais et on demande de l’aide. Les bébés, les personnes âgées, les malades chroniques et les personnes en situation de handicap sont plus exposés. Mieux vaut leur proposer à boire sans attendre qu’ils le demandent. Un enfant qui maigrit, mange moins ou devient apathique mérite d’être montré à un agent de santé.

Au quartier, la solidarité coûte seulement du temps. Un voisin peut passer chaque jour chez les personnes âgées ou handicapées qui vivent seules. Un tour de rôle peut décider qui va chercher l’eau pour elles, en commençant par les enfants et les malades. Une corvée collective peut curer les fossés avant les pluies, surtout au Nord et à l’Est. Et avant de partager une information, on la recoupe : une rumeur de remède miracle circule plus vite que l’eau.

À l’école, quelques ajustements ne coûtent rien. Les cours gagnent à se tenir aux heures fraîches du matin. Le sport peut être déplacé tôt le matin ou en fin de journée, voire suspendu quand il fait très chaud. Là où les classes ne sont pas ventilées, la journée peut être raccourcie et la pause de midi allongée. Les élèves peuvent boire à volonté et se reposer à l’ombre. Les crèches demandent encore plus d’attention : on peut rafraîchir les petits en mouillant visage, bras et jambes, leur proposer à boire souvent, et ne jamais exposer un bébé de moins d’un an au soleil.

À la commune, le maire préside le comité de gestion des risques et peut le réunir dès maintenant. La commune peut recenser les points d’eau et réparer ceux qui peuvent l’être avant la saison sèche, tenir la liste des personnes fragiles, et annoncer à l’avance les lieux et horaires des distributions d’eau. Elle peut aussi porter une demande simple : que les centres de santé et les pompes à eau ne soient jamais coupés, ou disposent d’un courant de secours, comme un panneau solaire. Les coupures existent déjà, avec ou sans El Niño. On ne règle pas tout d’un coup, mais on peut commencer par ce qui sauve.

Les médias, la radio en tête, peuvent faire beaucoup avec peu. Un rendez-vous régulier peut donner le point météo et un geste utile du jour, dans les langues du public. Des invités du terrain, comme un agent de santé ou un chef fokontany, sont plus proches des auditeurs que des experts lointains. Une rubrique peut démonter les rumeurs. L’annonce des distributions d’eau est très attendue. Un micro ouvert aux auditeurs fait remonter leurs retours aux autorités.

Un pays fragile ne se prépare pas avec de grands moyens, mais avec de petits gestes répétés par beaucoup de monde. L’enfant arrive. La maison, c’est nous.

Mbolatiana Raveloarimisa

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