Lecture de ma génération

Malgré son deuxième titre en Grand Chelem (Tennis), Alexander Zverev n’en a pas fini d’entendre parler de «titre au rabais» tant qu’il n’aura pas vaincu Sinner ou/et Alcaraz sur une quinzaine. C’est là qu’on réalise le moindre prestige accordé implicitement à une victoire aux Masters (où il a triomphé de Federer et Djokovic en 2018, et de Djokovic et Medvedev en 2021), et le côté anecdotique d’une médaille d’Or olympique, dont Zverez a privé Djokovic aux Jeux de Tokyo. 

Pourtant, il y a exactement vingt ans, le 11 septembre 2006, dans le même numéro du quotidien L’Équipe annonçant la «retraite» de Michael Schumacher (Formule 1), on pouvait lire cette déclaration de Maria Sharapova, tout juste couronnée à l’US Open : «Je suis une double championne de Grand Chelem et je me fous de vos questions sur les bananes». Si la vérité des tripes n’était pas systématiquement édulcorée par les attachés de presse, voilà le genre de langage cash que Zverev pourrait tenir, lui que les analystes ont vu déjà détaché de la pression qui l’écrasait au moment décisif (finale US Open 2020, finale Roland Garros 2024, demi-finale Open d’Australie 2026), il y a encore six mois. Mais, encore une fois, ce coup de gueule n’aura pas toute sa légitimité sans victoire contre les deux références actuelles du tennis mondial.

Cette légitimité, qu’asseoit un talent intact malgré une Aston Martin indigne de son statut, Fernando Alonso l’avait gagnée en s’imposant sur la piste face au «Baron rouge» septuple champion du monde (Formule 1). Dans le journal, dont il est question plus haut, on se souvient qu’à trois courses du terme de la saison 2006, Alonso ne comptait plus que deux points d’avance. Un Grand Prix plus tard, en Chine, Schumacher allait remporter sa 91ème et ultime victoire en F1, revenant à égalité parfaite avec le champion du monde en titre. Mais, le pilote Renault allait finalement conquérir son deuxième sacre après une casse moteur de la Ferrari (Japon) également victime d’une crevaison lors de l’ultime manche (Brésil). 

Il faudrait donc toujours «tuer le père». C’est à coup de «boum-boum», aces et passing-shots (Tennis), que Lendl et Becker auront raison de l’artiste McEnroe, numéro Un mondial incontesté en 1984 encore (saison où il établit le record toujours inégalé de ratio de victoires, 96,47%, pour 82 victoires et 3 défaites). L’Équipe Magazine du 6 février 1988 pensait pouvoir conclure : «Trois Wimbledon, quatre US Open, (cinq) Coupe Davis, trois Masters... Nostalgie avant la dernière valse». Il est vrai qu’une élimination au premier tour de l’US Open 1986 et une autre au même stade du Roland-Garros 1987 annonçaient le «crépuscule du dieu» qui allait s’éloigner des courts. Pourtant, malgré deux pauses sabbatiques (janvier-août 1986, septembre 1987-mars 1988), il gagnera encore ses 68e, 69e, 70e et 71e titres avant l’ultime 77e de mars 1991. Quoi qu’il en soit, son jeu tout en toucher était définitivement dépassé en cette nouvelle ère. Reste le souvenir d’un «génie» au palmarès unique : numéro Un mondial en simple et en double (9 Grand Chelem en double messieurs, 1 Grand Chelem et une demi-finale - le quadragénaire associé à Steffi Graf à Wimbledon 1999 - en double mixte) et le record absolu de 186 tournois remportés, toutes compétitions confondues. 

«Les souvenirs viennent à ma rencontre» comme écrivait Edgar Morin, décédé dans sa 105e année en mai dernier. En un étrange parallèle, le numéro de L’Équipe-Mag (18 mars 1988) qui parlait de la «fin silencieuse» de McEnroe affichait en vis-à-vis une Sabatini qui venait bousculer Graf ; tandis que la Une de L’Équipe, consacrée au départ de Schumacher, mettait également en manchette une Sharapova remettant en cause la suprématie de Hénin. Un cycle en cache (et annonce) un autre.  

Nasolo-Valiavo Andriamihaja 

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