Je n’étais pas encarté RPR (Rassemblement pour la République) et qui sait ce qui m’avait pris de me fendre d’une missive à «Monsieur Balladur», adressée par voie postale à quelque permanence dont j’avais pu trouver l’adresse on ne sait comment. Je ne pense pas avoir gardé copie de cette lettre et il faudra compter sur l’efficacité de leurs archives pour exhumer un jour ce qui n’aurait pas déjà fini au pilon. Je fus hautement déçu de la réponse tant attendue : une enveloppe dûment à mes nom et adresse, renfermant une lettre stencil, de celle qu’on expédie en milliers du même texte. Édouard Balladur espérait plusieurs millions d’électeurs : qui sait combien il en avait perdu rien que parce son équipe de campagne avait oublié de lui faire signer d’un authentique autographe chaque réponse automatique.
Nous étions en 1994-1995 et le parti gaulliste était attendu succéder au PS (Parti socialiste), au pouvoir depuis quatorze ans. Sauf que le leadership du fondateur Jacques Chirac n’était plus aussi incontestable et que son «ami de trente ans» avait goûté au pouvoir après avoir habilement géré sa «cohabitation» (1993-1995) avec François Mitterrand.
Édouard Balladur fut d’abord secrétaire général à la Présidence douze ans avant d’être désigné à la tête d’un ministère dit de souveraineté, dans une démocratie où ce choix n’est pas juste une récompense arbitraire par le «fait du prince». Et sept ans supplémentaires encore avant l’accessit de Matignon. Pour la «certaine idée de la France» chère au général de Gaulle, Édouard Balladur avait-il meilleur profil que Jacques Chirac ? Ses «Conversations avec François Mitterrand» laissent entendre que l’alors encore Président de la République, arrivé au terme de ses deux septennats, le pensait. Mais, était-ce pour Balladur ou contre Chirac avec lequel la «cohabitation» (1986-1988) ne fut pas des plus «républicaines».
De la «certaine idée», (mais, de la France ou de lui-même ?), on aura retenu ce «Je vous demande de vous arrêter» quand ses partisans avaient interrompu son discours actant son élimination au premier tour de l’élection présidentielle, pour huer Jacques Chirac.
Fracassante leçon de science-politique : le favori des sondages n’est pas nécessairement le favori des urnes et «un échantillon représentatif» n’est précisément que juste un échantillon. L’avis de 1000 personnes, par toutes les méthodes, les recoupements et les projections possibles et imaginables, ne saurait dessiner l’expression de 1.000.000 d’individus.
Durant mes études de Droit, à une époque - vingt ans après mai 1972 - où les publications et les périodiques étaient devenus rares, j’étais un assidu de la «B.U.» (bibliothèque universitaire) où je découvris, entre autres, de vieux numéros du «Monde» dont l’association avec la lecture des «classiques» constitutionnalistes allait me façonner une familiarité étrange - celle de l’étranger intime - avec le «prince-président», la tentation de l’expédient bonapartiste, le «monarque républicain».
Cette vie politique française là m’était lisible et intelligible. Il y avait des textes, au premier rang desquels la Constitution ; il y avait des us et coutumes que chacun aimait à croire républicaines; il y avait une classe politique et un ordre administratif souvent pénétrés des mêmes valeurs et qui partageaient une semblable conception des principes : non négociables. Transcendant le tout, et même sans le dire ni s’en revendiquer par des paroles superflues, un amour véritable du «cher et vieux pays».
C’est la «certaine idée» ainsi structurée, au moins dans sa compréhension d’alors, qui trouva écho chez le jeune d’un quart de siècle. Malheureusement, trente ans plus tard, il n’est toujours pas loisible au vieux qu’il est devenu de se reconnaître dans les politiques de son propre pays.
Nasolo-Valiavo Andriamihaja
François BAROUIN ;
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