Et si le pire était à venir ? Le cours du pétrole continue de monter sur le marché international. On l’aura deviné, c’est à cause, d’une part, de la guerre entre la Russie et l’Ukraine, et d’autre part, du conflit entre les États-Unis et l’Iran. Deux affrontements qui perturbent la production et le marché du pétrole. La Russie est le troisième producteur mondial de pétrole juste derrière les États-Unis et l’Arabie Saoudite, détenant 10% de la production avec 9 à 10 millions de barils par jour. Une capacité mise à mal par les impacts ciblés de l’Ukraine qui ont détruit plusieurs unités de production et de stockage russes via des attaques par drone. Résultats des courses, une pénurie fait monter le prix à la pompe et nécessite un rationnement des carburants. Une scène surréaliste. Il est évident que cette situation se répercute à travers le monde. En Europe, le prix à la pompe grimpe et atteint un niveau record. La barre des 2,50 euros est dépassée. Du jamais vu, même lors du choc pétrolier de 1973.
La guerre entre l’Iran et les États-Unis complique le problème. Aux bombardements des États-Unis, l’Iran réplique par la fermeture du détroit d’Ormuz où passe une grande partie des bateaux de marchandises et des tankers. Le nombre de bateaux qui empruntent ce canal est passé de 140 à 4 depuis la fermeture du détroit d’Ormuz. Les bateaux doivent chercher des itinéraires alternatifs, alourdissant les coûts du transport et le délai d’acheminement. Le prix du pétrole galope évidemment dans le monde.
Le Yémen se mêle de la fête en verrouillant également le détroit de Bab el-Mandeb. C’est un détroit maritime ultra-stratégique reliant la mer Rouge au golfe d’Aden. Il sépare la péninsule Arabique (Yémen) de la Corne de l’Afrique (Djibouti et l’Érythrée). C’est une clé économique mondiale par laquelle transite une part immense du commerce maritime et du pétrole. Le Yémen contrôle le passage dans ce détroit en prenant possession des localités situées aux alentours.
Or, 12 % du commerce international et 30% des grands porte-conteneurs empruntent cette route entre l’Asie et l’Europe. Les bateaux doivent contourner tout le continent africain en passant par le cap de Bonne-Espérance.
La fermeture du détroit de Bab el-Mandeb prive les marchés d’une part majeure des flux d’hydrocarbures mondiaux étant donné que plus de cinq millions de barils par jour y passent. Un choc pétrolier semble inévitable.
Madagascar n’en sera pas épargné de près ou de loin. Bien évidemment, il existe d’autres fournisseurs qui ne sont pas touchés par cette fermeture. L’État, à travers le SPM, a d’ailleurs anticipé les choses en allant au Nigeria pour s’approvisionner. On a une illustration de la coopération Sud-Sud que l’on peut réaliser dans d’autres domaines. C’est du moins le but de la Zlecaf, le marché commun africain.
Il y a beaucoup de pays producteurs de pétrole vers lesquels on peut se tourner à l’image de l’Angola, du Gabon, de l’Algérie...Mais la crainte d’une pénurie est réelle même si elle ne découle pas directement des différentes guerres. Il s’agit plutôt de la capacité de stockage des cuves. Avec le boum démographique et l’augmentation de la consommation, la construction d’un nouveau site de stockage est une nécessité absolue. Un projet d’une nouvelle station a été entamé en 2018 à Ambohijanaka. Les travaux se sont malheureusement arrêtés au niveau du terrassement. Il a été abandonné avec le changement de régime.
Eh oui, la réforme de la gestion des hydrocarbures fait partie du «Fanavaozana».
Wait and see.
Sylvain Ranjalahy