Charité bien ordonnée

L’État a accepté de payer les préjudices financiers subis par l’entreprise franche belge Polo Garments détruite lors des pillages de 2009. 

Le montant de l’indemnisation réclamé par cette usine textile était de l’ordre de 13 millions de dollars, soit l’équivalent de 60 milliards d’ariary. Après marchandage, la somme a été ramenée à 11 millions de dollars soit 50 milliards d’ariary. Une coquette somme qui aurait pu être utilisée pour des projets de développement, améliorer les conditions des fonctionnaires, construire des salles de classe, équiper les établissements hospitaliers et les centres de santé. Mais l’État a ses raisons que la logique ignore. Il supplante la société d’assurances qui a refusé d’indemniser Polo Garments pour éviter de faire faillite. Il a fallu attendre 17 ans pour que le litige soit réglé. C’est le prix à payer pour renouer avec la Belgique qui n’a pas voulu accréditer l’ambassadeur malgache nommé à ce poste qu’après la visite du colonel Randrianirina à Bruxelles la semaine dernière. C’est d’autant plus important que l’ambassadeur en question assure également la représentation malgache au niveau de l’Union Européenne. On comprend donc le pourquoi du comment. 

Ce geste redonne espoir aux nombreuses sociétés et entreprises malgaches victimes de pillages en 2009. Malgré les promesses des régimes qui se sont succédé, elles n’ont jamais eu un vaillant sou jusqu’à maintenant. Les préjudices financiers subis par sociétés n’ont jamais été évalués avec précision, mais ils ne seraient pas loin du montant de ceux de Polo Garments. Rien que pour le Groupe Tiko dont le patrimoine a été anéanti et pillé, les dégâts sont incommensurables. 

Outre les magasins Magro, les autres entités composant le groupe à l’image de Blue Print, Tiko Oil Product, Fanampy Rice, la minoterie Mana…ont été toutes détruites. Quand on sait qu’il s’agit d’unités industrielles ultra-modestes, on peut avoir une idée de l’ampleur de la perte. On passe sur le nombre d’emplois incinérés dans ce drame. 

Les autres sociétés, magasins et entreprises ne sont pas moindres parmi lesquels figuraient des magasins de matériel informatique, des bijouteries, des unités de grande distribution, des  lunetteries, des boutiques de parfums haut de gamme, des échoppes de sacs de grandes marques…

Eux aussi attendent d’être indemnisés depuis 17 ans. Alors qu’ils ont déjà fait leur deuil face à l’indifférence de l’État et ont préféré mettre une croix sur une éventuelle indemnisation, ils sont en droit un traitement équitable et égalitaire. 

Les pillages constituent un obstacle dirimant pour attirer des investisseurs. Un risque qui repousse ceux qui sont intéressés à venir à Madagascar. 

Les victimes espèrent que l’État ne fera pas deux poids deux mesures et saura ordonner la charité. Il faut y croire simplement selon l’évangile de Marc. Mal lui en prit.

Sylvain Ranajalahy 

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