Le groupe Gold, célèbre dans les années 80, n’a pas su si bien dire dans son tube intitulé Capitaine abandonné. L’histoire est tout autre mais le titre sied bien au cas de Maître Kira, icône du football, un géant, un génie qui vient de passer l’arme à gauche presque abandonné malgré ces incessants appels à l’aide. C’est en effet un des plus grands joueurs de tous les temps qui nous quitte presque démuni comme ses anciens coéquipiers de l’équipe nationale à l’instar de Guy Kely, de Dezy Monstre, d’Alban, de Ferdinand, sans oublier les dieux du stade dans les autres disciplines.
C’est toute la question sur la reconversion des anciennes gloires du sport qui ressurgit. Maître Kira s’est toujours plaint d’avoir été interdit de faire carrière à l’étranger alors qu’il était à l’aéroport. «J’ai abandonné mes études pour me consacrer au foot, mais, en retour, je vois rien», affirme-t-il à chaque occasion. Il a prêché dans le désert. À titre de récompense, en tout et pour tout, un stade qui porte son nom à Andaboly, Toliara, où on lui demande de payer un ticket pour entrer. Comme ingratitude, difficile de faire mieux.
Le ministère des Sports et la FMF ont fait un geste symbolique au moment où la santé de Kira empirait. Mais ce n’est pas de la charité ni de la compassion dont les sportifs ont besoin. C’est une considération, une mise en valeur, un traitement digne de leurs talents. Il faut en finir avec la remise de médailles et de primes récompensant les bons résultats, il faut mettre une structure permettant aux sportifs de vivre de leur métier et de ne pas avoir de soucis existentiels quand ils raccrochent.
Maître Kira ne sera pas le dernier. D’autres grands joueurs et athlètes se trouvent, hélas, dans le même cas sans que les responsables daignent les aider.
Ceux qui ont vu Maître Kira jouer se rappellent du régal qu’il donne à chaque match. Un véritable récital. Il sait tout faire avec un ballon. Certaines «réclames» annonçaient à l’époque qu’il allait dribbler avec son nez. C’est dire.
Si Pelé était le roi, Maradona el pibe de Oro (le pied d’or), Beckenbauer le kaiser, Messi le Dieu, Kira était vraiment le Maître. Il aurait dû s’appeler tout simplement maître Kitra. International à 18 ans, Kira portait le brassard de capitaine de l’équipe nationale et du Club M pendant longtemps. Son immense talent fait de lui le maestro de l’équipe du Corps Enseignant Toliara dont le jeu se basait sur le kick and rush. Des passes millimétrées, une vision de félin, une technique frôlant la perfection, un sens du but déjà inné, Kira mystifia ses adversaires d’un simple contrôle.
L’histoire retiendra l’image d’un joueur exceptionnel que le temps et l’ignorance peuvent ranger dans les placards des exploits.
On garde de Maître Kira son sourire, sa générosité, sa simplicité, sa sincérité, son franc-parler... Une étoile s’est éteinte.
Sylvain Ranjalahy