ANTSIRANANA - Les communautés côtières relèvent le défi de l’autonomie

À Antsiranana, la clôture du projet « Regenerative Seascapes for People, Climate and Nature » (ReSea) a pris une forme résolument tournée vers l’avenir avec une Foire de l’entrepreneuriat bleu organisée sur l’esplanade de la place Foch. 

Les bénéficiaires du projet ReSea ont exposé leurs  produits durant la Foire de l’entrepreneuriat bleu.

Pendant deux jours, dix groupements issus des communautés côtières d’Antsiranana-II, majoritairement composés de femmes, ont présenté leurs produits, leurs savoir-faire et les activités développées autour des ressources marines et côtières.

Mais derrière l’ambiance de foire, une question de fond s’impose : que restera-t-il de ReSea une fois le projet officiellement terminé ? Le véritable bilan se jouera désormais dans la capacité des bénéficiaires à transformer les acquis du projet en activités économiques capables de fonctionner durablement.

Inscrit dans l’initiative Great Blue Wall et financé par le gouvernement canadien, ReSea a accompagné des communautés côtières de plusieurs pays de l’océan Indien et de l’Afrique de l’Est, dont Madagascar, les Comores, le Kenya, la Tanzanie et le Mozambique. À Antsiranana-II, le projet s’est notamment appuyé sur des groupements engagés dans différentes chaînes de valeur liées à l’économie bleue.

La foire a ainsi permis de mettre en avant des produits issus notamment de la transformation des produits halieutiques, de l’engraissement des crabes et de la transformation des crevettes. « Laoko sira », « saly maiky », « drakatra» ou encore « makamba rano» illustrent cette volonté de valoriser localement les ressources et de créer davantage de valeur au sein des communautés.

L’objectif dépasse toutefois la simple exposition des produits. 

Consolidation

Les rencontres avec les acheteurs, les institutions financières, les partenaires techniques, les autorités publiques et le grand public doivent permettre aux bénéficiaires de rechercher de nouveaux débouchés et de consolider leurs activités.

Le véritable cap à franchir se situe désormais entre l’initiative accompagnée et l’activité économique réellement viable. Produire ne suffit pas. Il faut pouvoir écouler régulièrement les produits, améliorer leur qualité, garantir leur conservation et leur conditionnement, accéder aux financements et structurer les circuits de commercialisation.

Pour les femmes des communautés côtières, cet enjeu revêt une dimension particulière. La consolidation d’un groupement, l’accès à un acheteur régulier ou l’obtention d’un financement peuvent renforcer leur autonomie économique et produire des retombées au-delà des seules bénéficiaires, notamment au niveau des ménages et de l’économie locale.

Dans la région Diana, où de nombreuses communautés dépendent directement de la mer et de ses ressources, la question est loin d’être secondaire. Pêche, transformation, commerce, tourisme et autres activités liées au littoral constituent un potentiel économique important. Mais entre la ressource disponible et les revenus effectivement captés par les populations locales, plusieurs maillons restent à renforcer.

Le défi est également environnemental. La protection des écosystèmes marins ne peut être durable si les communautés qui en dépendent ne disposent pas d’activités économiques viables. À l’inverse, une activité économique qui dégrade la ressource compromet elle-même son avenir. L’enjeu consiste donc à créer de la valeur tout en préservant les écosystèmes.

ReSea cherche ainsi à faire évoluer la place des communautés, afin qu’elles passent du statut de bénéficiaires à celui d’actrices de leur propre développement. Les équipements fournis, les formations techniques et l’accompagnement constituent autant d’acquis. Mais leur véritable valeur se mesurera dans leur capacité à produire des effets après la fin du projet.

Sara Emery, gestionnaire du programme ReSea à Madagascar et aux Comores, souligne que la vente de la quasi-totalité des produits présentés par les groupements constitue déjà un signe encourageant. Pour elle, cette dynamique ouvre « le début de nouvelles aventures » pour les communautés, notamment autour de la protection et de la préservation des écosystèmes.

« La clôture de ReSea ne doit donc pas être considérée comme une fin, mais comme un passage de relais. Le prochain défi sera de maintenir la dynamique, d’élargir les débouchés, de mobiliser les financements et de permettre aux activités de gagner progressivement en autonomie », a-t-elle lancé.

À Antsiranana, la foire a ainsi posé la question de l’après-projet. La mer constitue à la fois une ressource à préserver et un potentiel d’activités, d’emplois et de revenus. Le défi sera désormais de faire durer cette dynamique au-delà de ReSea.

Raheriniaina

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