Vaccin contre l’ignorance 

Six enfants seraient morts de la rougeole à Antsirabe II. C’est à la fois triste et inquiétant. En 2026, c’est une maladie contagieuse qui ne doit plus tuer des enfants de bas âge. Hélas, c’est encore une réalité implacable chaque année. En 2018-2019, quatre-vingt mille cas de rougeole ont été détectés pour neuf cents décès dans les vingt-trois régions.  Soit presque autant que le Covid qui a touché soixante mille personnes pour mille quatre cent dix décès de 2020 à 2022. 

Une campagne massive destinée aux enfants a été entamée dans plusieurs régions en 2022.  Le taux de vaccination avait atteint 95% des 4,4 millions d’enfants de 9 à 59 mois. Mais en 2020, une première campagne avait lamentablement échoué avec un taux de vaccination très bas, 30% de la population puis 42% en 2021. 

Jusqu’à preuve du contraire, le vaccin est le seul antidote de la rougeole. Il en va de même des autres maladies infantiles contagieuses telles que la rubéole, la poliomyélite, la varicelle, l’impétigo, la roséole…

Des maladies longtemps considérées comme disparues avec une campagne de vaccination obligatoire, gratuite et systématique, dans les centres de santé et des écoles. Mais au fil des années, les moyens se sont amenuisés et il a fallu recourir aux aides des organismes internationaux pour vacciner les enfants. Il y a eu des années où beaucoup d’enfants n’ont pas été vaccinés. Ceux qui sont morts à Antsirabe ne l’ont pas été probablement. 

Outre la défaillance de la vaccination, d’autres facteurs sont venus se greffer à ce paramètre aggravant la situation. Pauvreté étant, ignorance aidant, il est difficile de faire comprendre aux parents de faire vacciner leurs enfants. Des préjugés et des rumeurs fatals ont même entouré les campagnes de vaccination contre certaines maladies comme la poliomyélite. Des croyances attribuaient aux vaccins des effets secondaires pouvant mettre en péril l’intégrité mentale et physique de l’enfant. Il a fallu faire de gros efforts de sensibilisation pour renverser la vapeur et persuader les parents. Mais le combat est loin d’être gagné. Plus la pauvreté progresse, plus l’éducation recule et l’ignorance étend ses conquêtes. 

Plus les années passent, plus la mission se complique. Comment convaincre une population dont 80 % vivent dans une extrême pauvreté selon la Banque mondiale, 2 enfants sur trois finissent le cycle primaire et  le taux de redoublement atteint 23,5%, soit le double de la moyenne africaine.

On réalise donc la longueur du chemin qui reste à faire. La première chose à faire est une campagne de vaccination contre l’ignorance. Cela passe impérativement par l’éducation. Mais quand on sait que deux millions d’enfants naissent hors des centres de santé et n’ont même pas d’état-civil, on comprend mieux l’immensité de la tâche. Une longue marche à l’image de celle du peuple d’Israël vers la Terre promise distante de 400 km parcourus en 40 ans. Il faut donc s’armer de foi et de courage.

Sylvain Ranjalahy 

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