| La « Margaret Oakley » commandé par l’Américain Benjamin Morrell. |
Hormis le Journal de bord d’un navire américain conservé au Peabody Museum, qui donne une description de Mahajanga en 1792, les premiers textes disponibles sur le commerce américain à Madagascar sont constitués par deux passages du Journal de James Hastie, durant l’expédition de Radama Ier contre le Boina (Boeny) en juillet 1824. « Le 30 juin 1824, ayant appris la présence de trois navires américains dans le port de Mahajanga, j’envoyai une note à leurs capitaines pour leur apprendre la très prochaine arrivée de Radama et pour leur assurer que leurs biens seraient respectés… »
Dans le second passage, Hastie explique que les Américains importent des armes, munitions, fer, verrerie et poterie, sucreries, mobiliers, objets de fantaisie, mais aussi des dollars en argent qu’ils vendent en grande partie aux commerçants arabes. En contrepartie, ils se procurent de la viande de bœuf, du cuir, du bois d’ébène et de santal, des objets préparés par les autochtones, mais aussi « des défenses d’éléphant auprès des Arabes ».
Dans la conférence qu’il prononce le 3 décembre 1966, dans le cadre de la célébration du centenaire des relations américano-malgaches, Jean Valette indique d’ailleurs que c’est à partir du XIXe siècle que les sources sur le sujet sont les plus sûres (lire précédente Note). Il ajoute même qu’il faut attendre l’année 1828 que des textes américains et malgaches y apportent d’autres renseignements.
Dans un texte américain conservé à Salem, en date du 20 juin 1828, signale l’archiviste-paléographe, il est mentionné le départ de Mahajanga, le 28 du même mois, de la goélette américaine « Spy ». Or, les archives malgaches renferment une correspondance sur le séjour à Mahajanga de cette goélette dont le propriétaire est Andrew Ward, armateur bien connu du Massachusetts, arrivée à Mahajanga le 6 mars 1828. Par la suite, le capitaine veut vendre son bateau et s’en ouvre aux autorités merina.
Le gouverneur Ramanetaka, sachant qu’il entre dans les projets de Radama Ier de se constituer une flotte, fait part à son souverain par lettre du 8 alohotsy 1828 (24 mai 1828), de cette offre de vente et des conditions demandées, à savoir l’échange contre une quantité de bœufs à débattre. La lettre parvient au roi, le 20 alohotsy, mais déjà malade et, par ailleurs, occupé par le déroulement des fêtes du Bain, « Fandroana », il n’y répond que le 9 alahamady, soit le 24 juin.
Le roi accepte le principe de l’achat, mais pose de multiples conditions, « légitimes d’ailleurs », dont la principale est la question du capitaine qui commanderait la goélette au nom de Radama. Ce dernier « qui semblait bien connaître les mœurs maritimes de son temps », craint, en effet, quelque acte de piraterie de la part du capitaine, et demande de solides garanties. « L’affaire n’eut aucune suite, puisque le « Spy »- son capitaine ayant sans doute changé d’avis- avait quitté Mahajanga avant même la réponse de Radama. »
Un bel ouvrage des historiens bostoniens Bennet et Brooks, « New-England Merchants in Africa », réunit les documents conservés aux États-Unis, surtout à Salem, relatifs aux activités américaines en Afrique, de 1802 à 1865. Madagascar occupe dans ces activités une part non négligeable. Les documents présentés par Bennet font mieux connaître le mécanisme du commerce américain dans la Grande Île. Commerce qui se trouve entre les mains de négociants et d’armateurs de Boston et de Salem, et se caractérise essentiellement par « son étroite imbrication avec le commerce qui s’effectuait sur la côte orientale africaine, principalement avec Zanzibar, d’où un commerce américain à Madagascar essentiellement basé sur la côte Ouest ».
Cela peut aussi s’expliquer par la position prépondérante qu’occupe la côte Est malgache pour les négociants français et anglais qui se trouvent tout près de leurs bases, les îles Maurice et de La Réunion. « On assiste ainsi à un véritable partage, les Anglais et les Français commerçant sur la côte Est, les Américains sur la côte Ouest… » Toutefois, il convient de ne pas sous-estimer, surtout sur la côte Ouest, le rôle joué par les commerçants arabes et indiens « qu’il est malheureusement bien difficile de saisir ».
Pela Ravalitera