TAXE SUR LE RIZ DE LUXE IMPORTÉ - L’État fait marche arrière

L’Exécutif a décidé de lever temporairement les taxes sur le riz de luxe importé. Selon les explications, le riz local peine encore à couvrir les besoins du marché.

Le droit de douane de 20% sur le riz de luxe importé était censé donner un coup de pouce à l’autosuffisance alimentaire.

Machine arrière. Alors que le ministère de l’Économie et des Finances avait proposé un droit de douane de 20 % et une TVA de 5 % sur le riz de luxe importé dans la loi de finances rectificative, mercredi, l’exécutif a décidé de suspendre temporairement ces mesures fiscales.

Présentée par les autorités comme un moyen de soutenir l’autosuffisance alimentaire, la taxation du riz de luxe importé se heurte désormais aux réalités de la filière. Selon le ministère du Commerce, « la production locale ne peut pas encore couvrir les besoins du marché ». Des analystes s’interrogent : cette décision n’a-t-elle pas été prise sans tenir compte des réalités du terrain et des récents chocs qui ont secoué la filière depuis le début de l’année ?

Selon le département ministériel, « il faut combler le gap pour pouvoir couvrir le marché, surtout avec le début de la période de soudure, dans un mois. C’est la raison pour laquelle cette décision a été prise en Conseil des ministres ».

Avec les nouvelles mesures fiscales mises en vigueur dans la loi de finances rectificative 2026, le gouvernement a réaffirmé son engagement à réduire les dépenses fiscales de 290 milliards d’ariary, conformément aux conditionnalités du Fonds monétaire international. Ces mesures de taxation du riz importé faisaient partie des dispositions prises pour accroître les recettes fiscales. 

Une filière fragilisée

En suspendant finalement les taxes sur le riz de luxe importé afin de préserver le pouvoir d’achat et la disponibilité du riz sur le marché, l’État se retrouve ainsi face à un contre-pied budgétaire : d’un côté, il maintient l’exonération sur le riz pour éviter l’inflation en période de soudure ; de l’autre, ce maintien crée un manque à gagner imprévu qui met en péril l’objectif de récupérer ou d’économiser ces 290 milliards d’ariary exigés par les partenaires financiers.

La filière rizicole a traversé nombre de péripéties depuis plusieurs mois. Les aléas climatiques en début d’année, notamment les cyclones Fytia et Gezani, ont paralysé certaines régions productrices. Les prix du riz ont également diminué au début de l’année en raison d’une accumulation de stocks, selon les explications des responsables. L’année dernière, le pays a importé plus de 800 000 tonnes de riz. Cette année, avec les mesures correctives de la loi de finances rectificative, les décideurs espéraient juguler les importations de riz et assurer, dans le même temps, sa disponibilité et la stabilité des prix sur le marché. Mais, au premier semestre, les importations de riz avaient déjà atteint 408 667 tonnes, selon les données de la Direction générale des douanes.

Elles constituent presque la moitié des importations de l’année dernière. Le ministère du Commerce entend toutefois continuer à encadrer les importations afin d’éviter des importations de riz à outrance, souligne la ministre du Commerce, Haingotiana Andriamadison. Les mesures prises depuis le mois de mars resteront en vigueur, notamment la déclaration préalable auprès du ministère du Commerce, effectuée par les importateurs afin de vérifier les quantités à importer.

Le département ministériel assure que « la politique générale de l’État vise à réduire progressivement la dépendance aux importations ». Selon les dernières données consolidées, la production nationale globale est projetée à plus de 5 millions de tonnes pour l’année 2026. Elle dépasse les 4,7 millions de tonnes de l’année précédente grâce à des initiatives d’intensification agricole. Certaines régions produisent du paddy en quantité, mais le riz local doit encore surmonter de nombreuses contraintes avant d’atteindre une réelle compétitivité. Les mauvaises infrastructures routières, la spéculation et les surenchères autour de l’importation de riz fragilisent en effet les chaînes de valeur locales.

Itamara Otton

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