| Une vue du Parc de Tsimbazaza en 1957 avec le ministère de l’Enseignement supérieur et de la Recherche scientifique (extrême gauche). |
Les Académiciens pour le retour aux repères éthiques anciens ». C’est le titre que les Notes du mardi 1er octobre 2024, se sont donné, en relatant les Journées d’échanges des 3 et 4 septembre de la même année, axées sur « Les violences et l’insécurité à Madagascar ». Prenant les taureaux par les cornes, l’Académie Malagasy s’attaque à ces questions très brûlantes auxquelles fait déjà face la Nation. Nous y revenons.
De prime abord, l’Assemblée des membres titulaires de l’institution pointe du doigt une réalité de plus en plus cruciale: « Les appels du tocsin et les campagnes de mobilisation conjuguées avec les interventions des forces de sécurité ont affiché leurs limites opératoires pour éradiquer le mal qui, à l’évidence, se consolide au grand dam du détenteur du monopole de la violence légitime. » Face à ce mur de résistance et à cette débâcle, les Académiciens prennent donc la décision d’organiser une tribune citoyenne. Car les personnes de bonne volonté y sont invitées pour croiser leurs regards avec les responsables les plus avisés de ces question , notamment ceux de l'Armée, de la Gendarmerie et de la Police nationales.
Le premier constat qu’ils font est que l’indifférence générale traduit à la fois « l’aveu du sentiment d’impuissance des autorités et de la société face aux différentes formes d’atteintes à l’ordre public et à la sécurité humaine, ainsi que l’effacement de l’autorité tant civile que judiciaire, contrebalancée par la banalisation de l’utilisation de la force ». S’agissant de celle-ci, affirment-ils, le vide politique qui se laisse entrevoir dans le paysage national a malencontreusement ouvert la voie au recours systématique à la force considérée comme solution ultime, indigne d’un pays qui se targue de Démocratie et d’État de droit. Durant ces journées, les échanges sont libres, directs et courtois dans la forme, et se déroulent dans le parfait respect des exigences épistémologiques et éthiques de l’Académie : justice, vérité et « fihavanana ».
Les participants parviennent à une double conclusion : seul l’État a le monopole de la violence légitime, « mais l’usage de cette violence, pour être légitime, doit se conformer à un certain nombre de règles très précises. Tout usage contraire ne peut qu’être, d’une part, un facteur de division et d’atteinte à la paix civile et, d’autre part, un facteur de développement du cycle infernal répression illégitime-vengeance ». Et comme Madagascar n’a pas vécu de guerres civiles ou tribales, les participants ont la conviction que les voies pour le règlement des questions de violences et d’insécurité ne sont pas épuisées, même si les institutions et mécanismes traditionnels (constitution, gouvernance, mobilisations populaires, force de l’ordre, etc.) ont atteint les limites opératoires.
L’urgence du traitement du mal est ainsi soulignée : « La clochardisation des forces de sécurité, la structure et même les modalités d’exécution de leurs budgets ne permettent plus de garantir le retour aux normes requises en matière de sécurité, en raison de la massification des charges de soldes au détriment des charges fonctionnelles pour les missions élémentaires. » Parmi les questions concrètes qui retiennent l’attention des participants figurent, entre autres, l’effectivité des responsabilités du ministre de l’Intérieur en matière d’ordre public et de sécurité en général, et du ministre de la Défense pour la sécurité extérieure ; la caducité du décret n°84-056 destiné à des situations strictement exceptionnelles ; la spécificité existentielle et fonctionnelle de chaque corps en charge de la sécurité et de la défense ; le respect de la distinction entre la dimension symbolique et la dimension institutionnelle pour mettre fin aux confusions, à l’origine de la fuite généralisée de la responsabilité et du désintéressement à la chose publique.
Cet appel des Académiciens à la prise de conscience s’adresse en premier lieu aux autorités gouvernementales. Par leur action pour formater le devenir de la Nation et par leur engagement à assurer le respect des fins supérieures communes- le bien commun, la paix et le « fihavanana », « elles ont l’impérieuse obligation d’abandonner les promesses et simulacres d’action induisant en erreur l’imaginaire collectif ». Ce, pour ramener l’espérance grâce à l’impulsion de véritables actions publiques qui garantissent l’accès aux fins supérieures communes, telles que le respect du bien commun, la paix et la concorde dans le « fihavanana » et le respect mutuel.
L’âme malgache est malade puisque la Nation a perdu ses repères éthiques d’antan. « Aussi est-il plus que jamais temps de retrouver l’esprit citoyen refoulé au plus profond de soi et de s’engager résolument sur la voie du processus de guérison nationale. Les remèdes au mal qui nous ronge sont bel et bien à notre portée (…) à la seule condition de refuser la solution facile de la résignation, de penser pour créer, de parler pour partager et d’agir pour nous libérer afin de gagner cette noble bataille citoyenne. »
Pela Ravalitera