REFONDATION - Les jeunes détaillent leurs priorités

La résolution de la concertation des jeunes propose une série de réformes touchant pratiquement tous les secteurs clés du pays. De la gouvernance à l’économie, en passant par l’éducation et les services publics, elle esquisse une refondation en profondeur de l’État.

Des représentants des jeunes des différentes régions du pays, au CCI Ivato, samedi.

Une résolution sur soixante et un points. C’est ce qui découle de la concertation nationale des jeunes qui s’est tenue la semaine dernière au Centre de conférences internationales (CCI), Ivato. Soixante et un points occultés par la polémique autour du choix entre État unitaire et État fédéral, mais qui tracent pourtant les contours d’un projet de refondation globale du pays.

Loin de se limiter à un simple catalogue de revendications, le document s’apparente à une véritable feuille de route articulée autour de plusieurs piliers que sont les institutions, l’économie, le social et l’identité nationale. Un texte dans lequel les jeunes compilent leurs aspirations et ce qui, selon eux, devrait être les principaux axes d’efforts de la refondation. Sur le plan institutionnel, outre la forme de l’État, la résolution propose aussi un Parlement « tricaméral », avec un Parlement des jeunes en plus des deux Chambres classiques.

Le volet économique occupe une place importante dans la résolution. Les jeunes dénoncent une concentration des richesses et appellent à une meilleure répartition des opportunités. L’interdiction de l’exportation de matières premières brutes figure parmi les mesures phares. La résolution parle ainsi de  « transformation locale obligatoire ». Les jeunes proposent également de privilégier les acteurs nationaux.

« [Nous] réclamons la limitation des activités entrepreneuriales stratégiques accessibles aux investisseurs étrangers au profit des nationaux », indique la résolution. Toutefois, ce point se heurte aux limites de la réalité des insuffisances technologiques et financières des acteurs malgaches dans ces secteurs stratégiques. Le système de partenariats entre investisseurs internationaux et les acteurs nationaux serait plus approprié en l’état actuel des choses.

« [Nous] demandons la refonte du Code des investissements pour accorder la priorité à l’emploi local et l’accroissement des investissements publics dans les infrastructures de transport durables pour désenclaver les zones de production agricole », est une autre revendication indiquée dans la résolution. La question de l’emploi est justement au cœur des préoccupations de la jeunesse.

Force de pression

Les participants à la concertation des jeunes insistent sur la nécessité d’assainir les processus de recrutement, en mettant fin aux pratiques jugées discriminatoires ou opaques. Ils appellent à une promotion accrue de la méritocratie, notamment dans la fonction publique, tout en préconisant des dispositifs favorisant l’insertion professionnelle des jeunes. Pourtant, la résolution réclame « la mise en place de quotas régionaux dans les concours administratifs ». Un point qui, dans une certaine mesure, est contraire à l’idée de méritocratie.

Dans le domaine social, la résolution met en avant l’urgence d’améliorer l’accès aux services de base. Eau potable, électricité, santé et infrastructures numériques sont identifiés comme des priorités immédiates. Les jeunes plaident pour une meilleure gouvernance de ces secteurs, avec une ouverture accrue à la concurrence dans certains cas, notamment dans l’énergie, afin d’améliorer la qualité des services et de réduire les inégalités territoriales.

La résolution met toutefois un accent particulier sur l’éducation. Elle apparaît comme un levier stratégique de la refondation voulue par les jeunes. Un levier pour un développement humain, mais aussi socio-économique équitable sur l’ensemble du territoire. L’objectif est aussi de mieux préparer les jeunes à l’emploi, tout en favorisant l’innovation et l’entrepreneuriat.

Les propositions visent ainsi une adaptation du système éducatif aux réalités du marché du travail, en renforçant les filières techniques et professionnelles. Par ailleurs, la résolution aborde des questions liées à l’identité et à la souveraineté nationale. La promotion de la langue malgache comme langue officielle unique est avancée comme un élément de cohésion et d’affirmation culturelle. Les participants à la concertation des jeunes « exigent » alors la mise en place d’une politique nationale de la langue malgache et une autre pour le patrimoine national.

De même, la résolution de la concertation des jeunes « appelle » aussi à la mise en place d’une politique nationale des sports et la disponibilité d’un budget adéquat pour soutenir les différents potentiels sportifs des jeunes et la construction d’infrastructures requises. Le document aborde également la question de la lutte contre la corruption, ainsi que celle de l’environnement. Les jeunes demandent à l’État, entre autres, « de renforcer la gouvernance environnementale et d’assurer le respect des lois, des lieux et traditions locales afin de préserver nos ressources naturelles ».

La résolution des débats de la semaine dernière sera portée devant la Concertation nationale à venir. Néanmoins, le ton avec lequel le texte est rédigé laisse entrevoir une volonté des jeunes de se positionner comme une force de proposition, mais aussi de pression. Reste à savoir dans quelle mesure leurs priorités trouveront un écho auprès des acteurs et décideurs politiques.

Garry Fabrice Ranaivoson 

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