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| Le Palais de Manjakamiadana (ici avec celui de Manampisoa) est l’un des symboles de la souveraineté en Ankova (Imerina). |
Fiandria est la traduction que Barthélémy Huet de Froberville donne, au XVIIIe siècle, dans son « Dictionnaire manuscrit de Madagascar », aux termes gouvernement et pouvoir. Comme on le sait, ce missionnaire n’a jamais mis les pieds dans la Grande Île et se réfère surtout aux ouvrages et écrits d’auteurs, voyageurs, etc. Citant Fressanges, il aborde la forme de gouvernement qui n’est pas la même dans toutes les provinces. Le pouvoir est, en général, héréditaire. Mais comme partout ailleurs, « l’ambition ne connaît point de lois ». Deux provinces vivent sous le plus horrible despotisme, précise Fressanges, en donnant l’exemple de l’Ankova et du pays sakalava. Les chefs de ces provinces ont le droit de vie et de mort sur leurs sujets. Dans les autres, le criminel est condamné par les lois en usage dans la province où le délit est commis.
Chaque village est gouverné par un chef, mais une contrée entière, hormis les deux citées plus haut, n’est pas sous le règne d’un seul… « Nous voyons de grands chefs de la côte de l’Est chez les Betsimisaraka, les Betanimena, etc., mais ils ne sont ainsi que par les circonstances et lorsque l’intérêt général le commande. »
Le chef est plus ou moins puissant, selon qu’il a plus ou moins de capacité, de bravoure et de richesses. « Comme les anciens rois bergers », ils cultivent leurs terres avec leurs esclaves. Ils n’ont pas le droit de lever des impôts sur leurs sujets, aussi les frais d’une guerre sont-ils partagés.
Pour Flacourt, ajoute de Froberville, « la nation malgache n’a aucune loi écrite ». Tout ce qui se fait et se pratique passe par une loi naturelle qui est de toutes sortes : celle du prince (« massindili »), celle du particulier (« massinpoh ») et la coutume du pays (« massintane »).
Détaillant ces trois sortes de loi, Flacourt précise que celle du prince traduit sa volonté, mais elle est toutefois fondée sur la raison qui est de rendre la justice à chacun- en jugeant les litiges lui-même ou en le déléguant à quelqu’un de ses proches- et d’infliger les peines et les amendes. Et ce, toujours conformément à la coutume du pays qui est considérée comme loi dans tous les évènements.
« Car si le prince commandait quelque chose à ses sujets, qui fut contraire à la coutume, ils sauraient bien lui remontrer incontinent que ce n’est point celle que les ancêtres avaient transmise et à cela, le prince n’a point de réplique… »
Les rois, seigneurs ou grands du pays, insiste Flacourt, ont des chefs ou des officiers afin de transmettre les directives et ordres qu’ils ont à donner à leurs sujets concernant leurs droits, devoirs et corvées : travailler les terres royales, bâtir leurs maisons, aller à la guerre, se réunir, organiser des festivités rituelles…
Les formes de gouvernement établies dans la Grande Île se ressemblent presque toutes. Toutefois, signale l’Auteur Anonyme, on remarque que les Zafiraminia, les Hova (Merina) et les Sakalava, indépendamment des lois générales du pays, en ont de particulières, notamment les Merina. En général, les peuples de la Grande Île plient sous le joug d’une « espèce de gouvernement féodal ».
Ceux du Sud, surtout, en supportent les mauvaises conséquences, affirme l’Auteur Anonyme. Le droit du chef de déclarer la guerre à ses voisins pour n’importe quel prétexte, les oblige à prendre les armes sans arrêt et à abandonner leurs terres. D’autant plus qu’à cause de ces guerres, les fruits de leurs travaux agricoles sont souvent détruits.
D’ailleurs, les terres appartiennent aux rois, seigneurs ou chefs, et les simples particuliers, s’ils veulent devenir cultivateurs, doivent se soumettre à eux. Ces derniers leur désignent les parcelles à exploiter. Cependant, s’ils continuent à les mettre en valeur pendant une certaine période, elles leur appartiennent pour toujours.
Mais Flacourt met en garde : « Les grands et les seigneurs des provinces (du Sud surtout) sont aussi jaloux de leur honneur qu’autre part. » Ainsi, ils ne permettent jamais qu’une personne s’approprie le moindre coin de terre de leur territoire, sans le leur demander de bonne grâce.
Pela Ravalitera
