Le rire en héritage

René Goscinny aurait eu cent ans cette année. Pour un nombre incalculable d’individus, c’est presque toute une vie qui a vu les cordes sensibles vibrer sous la force inimitable de l’humour de ce grand nom de la bande dessinée. Chez nous, un des pays où, dès l’enfance, beaucoup ont vécu des instants de délectation avec les aventures d’Astérix, de Lucky Luke ou d’Iznogoud… Des heures de rire furent ainsi dues aux textes de Goscinny, placés dans les bijoux que sont les planches de ces grands classiques du neuvième art. Des œuvres qui ont encore bien conservé ce pouvoir de nous fournir ce précieux trésor qui se raréfie.

Les différentes bibliothèques, librairies ou bouquinistes du pays ont longtemps eu, parmi leurs incontournables, des bandes dessinées ayant la présence du nom Goscinny sur la couverture. On est ainsi devenus familiers avec cette signature qui est celle de celui qui fut pourvu d’un génie bien particulier et fécond qui a rempli des bulles de plusieurs albums qui ont marqué des enfances, adolescences, jeunesses et qui n’ont pas perdu leur saveur quand arrive l’âge mûr. Quand son nom, revenu dans les mémoires à l’occasion de son centenaire, est réapparu, des lecteurs malgaches eurent aussi l’esprit saisi par des souvenirs marqués par cet humour original.

L’enfant d’aujourd’hui qui lit Le Petit Nicolas, que l’adulte et l’adolescent pourront toujours aussi savourer, saura aussi expérimenter le délice procuré par l’habileté de Goscinny à jouer avec les mots. Qu’importe l’âge et l’année, et même si leur auteur aurait eu cent ans, les dialogues et répliques qu’on lui doit offrent des occasions d’évasion, de (encore une fois) rire de l’organisation bureaucratique romaine qui contraste avec le village, plein de vie, d’Astérix ou du pouvoir quand il prend des airs comiques où les acteurs font leur la phrase fétiche d’Iznogoud : « Je veux être calife à la place du calife ».

Dans son célèbre ouvrage sur Le Rire, le philosophe Henri Bergson décrit son mécanisme comme incluant une complicité intellectuelle, une connivence dans laquelle les destinataires du comique sont conscients des raideurs et des absurdités de la société. La moquerie est alors un moyen exploité par ceux qui ont la capacité d’y recourir pour corriger cette société. Étant déjà des lecteurs de Goscinny ou pas encore (mais en puissance certainement), on peut tous encore faire acte de résistance par l’esprit grâce aux albums qui ont bénéficié de la plume de Goscinny. Même cent ans après sa naissance.

Fenitra Ratefiarivony

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