L’idée est sans doute bonne. Mieux, elle est officialisée par un décret. Le vendredi sera dédié à la tenue traditionnelle pour les agents de l’État. C’est un grand pas vers le retour de l’identité nationale. Mais elle est nécessaire, mais pas suffisante. On aurait d’abord aimé que cela soit simplement une sollicitation au lieu d’un décret qui suppose une obligation, une coercition, comme dans les pays communistes.
Un sentiment d’appartenance à une nation, le patriotisme, devraient être une attitude naturelle, spontanée et volontaire. Jeudi, à la fête du Trône du Maroc, l’ambassadeur marocain était vêtu de sa tenue traditionnelle. D’autres invités africains également, sans le moindre complexe. C’est aussi le cas dans les sommets internationaux. Le représentant de chaque pays parle dans sa langue maternelle. Vladimir Poutine parle russe, Xi Jinping parle mandarin, pour ne citer que les géants.
Quand le pouvoir, les dirigeants et la population sont en symbiose, cela coule de source. Quand l’État répond aux aspirations de la population, assume ses devoirs, garantit la sécurité, les gestes patriotiques à l’endroit des symboles de la République, comme le drapeau et l’hymne nationaux, le respect des biens publics, le civisme… deviennent des habitudes, des rites.
Il y a d’ailleurs beaucoup de paramètres qui entrent en jeu dans l’identité nationale. La réduire au port d’une tenue, c’est minimiser la culture en général.
Un pays, c’est une tenue, une culture, une langue, des traditions, des coutumes, une histoire, une mémoire, des plats, des pratiques commerciales… Si toutes les thérapies préconisées par les bailleurs de fonds ont toutes échoué, c’est justement parce qu’on n’a pas tenu compte de ces éléments. Comment obliger les commerçants à présenter une facture quand les transactions se sont faites sans formalité fiscale depuis des siècles ?
Et puis, à l’image de la langue officielle malgache, qui reste à définir et avec laquelle toutes les lettres officielles et administratives doivent être rédigées, on n’a pas une tenue traditionnelle unique et officielle. Les Chinois ont le hanfu, le simao et la tangzhuang, qui reflètent l’histoire, les dynasties impériales et l’art du textile.
Les Japonais ont le wafuku, qui comprend le kimono, le yukata et le hakama. Les Écossais ont le kilt et le sporran. Les Sénégalais ont le boubou.
Nous avons une multitude de tenues selon les régions, les ethnies, les confessions, les partis politiques, les établissements scolaires…
Il faut peut-être choisir un modèle pour tout le monde. Cela constituera une opportunité pour les ateliers de couture étant donné qu’il faut confectionner au moins cinq cent mille exemplaires, rien que pour les fonctionnaires. La Refondation sous toutes ses coutures.
Sylvain Ranjalahy