ENVIRONNEMENT - Le chef de l’État requiert une politique de protection des forêts

Trois grandes figures de la recherche et de la protection de la biodiversité malgache ont été élevées au rang de dignitaires de l’Ordre national, hier au palais d’État d’Iavoloha. À cette occasion, le chef de l’État a appelé au renforcement de la protection des forêts.

En photo, le professeur Jonah Ratsimbazafy, le colonel Michaël Randrianirina, le professeur Steven Goodman et le docteur Russell Mittermeier.

Un challenge multidimensionnel. C’est ce qu’implique la demande faite au ministère de l’Environnement par le colonel Michaël Randrianirina, chef de l’État, hier, au palais d’État d’Iavoloha.

Trois figures de la recherche et de la protection de la biodiversité malgache ont été à l’honneur, hier. Le professeur Jonah Henri Ratsimbazafy a été élevé au grade de Grand officier de l’Ordre national, le docteur Russell Mittermeier et le professeur Steven Michael Goodman, quant à eux, ont été élevés au rang de Commandeur de l’Ordre national. À cette occasion, le chef de l’État a fait part de son souhait de renforcer la protection des forêts et plus largement de la biodiversité du pays.

En soulignant que la protection de l’environnement constitue une des priorités étatiques, l’officier supérieur requiert ainsi du ministère de l’Environnement « l’élaboration d’une stratégie efficace pour protéger nos forêts ». La recherche d’une solution alternative à l’utilisation du charbon de bois est un des axes d’efforts suggérés par le colonel Randrianirina. 

« Nous devons avoir une politique pour accompagner la population à sortir rapidement de la dépendance à l’utilisation du charbon », déclare-t-il.

La demande présidentielle met en lumière l’un des principaux défis environnementaux du pays. En effet, la production de charbon de bois contribue fortement à la pression exercée sur les forêts. Elle touche toutefois une réalité économique et sociale. Pour la majorité des ménages du pays, le charbon demeure la source d’énergie la plus accessible pour cuisiner. Agir pour mettre fin à son utilisation implique donc de s’attaquer autant à ses conséquences environnementales qu’à ses causes économiques.

Le remplacement du charbon nécessite une politique énergétique cohérente, fondée sur l’existence d’alternatives réellement accessibles. Le gaz domestique pourrait constituer une alternative, mais son prix demeure prohibitif pour une grande partie de la population et son accès reste inégal selon les régions. La cuisson électrique présente également des limites, notamment en raison de son coût et des délestages récurrents. La hausse du prix du pétrole lampant complique davantage l’équation énergétique des ménages.

Holistique et multisectorielle

Par ailleurs, une politique efficace de protection des forêts et plus largement de la biodiversité nationale ne saurait se limiter à la problématique énergétique. Elle dépasse aussi le seul cadre environnemental. Les pressions sur les forêts découlent des activités humaines qui sont d’abord motivées par un impératif de subsistance. Les feux de forêt destinés à étendre les espaces agricoles ou d’élevage, comme le défrichement, participent à la réduction progressive des habitats naturels.

À ces pratiques s’ajoutent les exploitations minières illicites, notamment dans certaines aires protégées, ainsi que les coupes illégales de bois de construction et de bois précieux. Le braconnage constitue une autre menace qui fragilise davantage une faune dont une grande partie est endémique à Madagascar. Dans ce contexte, une stratégie nationale efficace devrait nécessairement être holistique et multisectorielle.

La conservation ne peut être dissociée des politiques agricoles, énergétiques, minières, touristiques ou encore sociales. La lutte contre la pauvreté en milieu rural apparaît notamment comme un levier déterminant. Tant que les populations vivant dans ou autour des forêts ne disposeront pas d’alternatives économiques viables, les mesures de protection risquent de se heurter aux nécessités quotidiennes de survie.

La protection de la biodiversité et le bien-être des habitants doivent aller de pair. Sans quoi, les efforts seront vains, puisque la conservation risque d’être perçue comme une mesure contraignante. Aussi, la protection de la biodiversité doit-elle produire des bénéfices concrets pour les populations locales. L’enjeu consiste donc à transformer la richesse naturelle du pays en opportunités économiques sans compromettre sa préservation.

Le tourisme lié à la biodiversité constitue une piste déjà expérimentée, mais qui nécessite d’être plus mise en avant. La valorisation des plantes peut également ouvrir des perspectives dans l’industrie pharmaceutique. Ces niches méritent d’être explorées et exploitées dans le cadre d’une politique économique capable de créer des revenus locaux et de donner un intérêt direct pour motiver les communautés à la conservation de leur environnement.

Cette approche devrait être complétée par des actions de sensibilisation et de mobilisation citoyenne. La protection des forêts suppose en effet une prise de conscience collective, mais aussi des dispositifs permettant aux populations de devenir des acteurs de la conservation plutôt que de simples bénéficiaires ou destinataires des politiques publiques. Le challenge est alors de traduire l’injonction présidentielle en une politique publique cohérente, applicable. Une politique qui saura conjuguer les impératifs de conservation avec la quête du bien-être de la population.

Garry Fabrice Ranaivoson

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