Le débat qui oppose l’État unitaire décentralisé au modèle fédéral a créé la polémique durant la Concertation nationale des jeunes. Dans son discours de clôture de l’événement, samedi, le chef de l’État a laissé au peuple le soin de trancher par un vote.
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| Le colonel Randrianirina durant son discours au CCI d’Ivato, samedi. |
Un sujet sensible. À s’en tenir à la tournure de la Concertation nationale des jeunes, qui a pris fin samedi, la question de la forme de l’État sous la Ve République pourrait être l’un des points les plus délicats du processus de refondation. En réponse au remous suscité par ce sujet, le colonel Michaël Randrianirina, chef de l’État, a souligné que la décision finale reviendrait à la population, par un vote.
« (…) Le premier point que vous avez soulevé concerne la politique. Nous le soumettrons à la concertation nationale, puis au choix du peuple malgache, qui se prononcera, le moment venu, sur la forme d’État à adopter dans la nouvelle République vers laquelle nous nous dirigeons », a déclaré le locataire d’Iavoloha, samedi, au Centre de conférences international d’Ivato, dans son discours de clôture de la Concertation nationale des jeunes.
Durant quatre jours, les représentants des jeunes des vingt-quatre régions du pays se sont réunis au CCI d’Ivato, la semaine dernière. À l’issue des débats, les participants se sont accordés sur une résolution qui compte plusieurs points, présentés comme des « recommandations ». Cette résolution couvre plusieurs domaines comme l’économie, l’éducation, la santé ou encore le sport. Cependant, comme l’a noté l’officier supérieur, tous ces points ont été occultés par les premières lignes, qui sont d’ordre politique, notamment celles sur la forme de l’État.
« [Nous] proposons de choisir entre deux formes d’État : État unitaire fortement décentralisé avec un régime parlementaire tricaméral ou État fédéral garantissant une répartition équilibrée du pouvoir entre l’État fédéral et les provinces fédérées, à travers un débat national qui permettra d’aboutir à une élection constitutionnelle. Un comité technique sera formé pour établir les projets de texte », avance la résolution qui découle des débats au CCI.
Avant d’arriver à ce consensus, la question de la forme d’État idoine pour la Ve République a cristallisé les tensions. Lors des débats, cette question sur la forme de l’État a été soumise au choix des participants. Les résultats ont été équilibrés, ce qui a déplu à ceux qui sont favorables au basculement vers un État fédéral.
Outre les multiples déclarations de groupes de participants à la Concertation nationale des jeunes, partisans du « fédéralisme », des acteurs politiques et des personnes se revendiquant comme des leaders d’opinion se sont invités dans le débat, tentant d’influencer aussi bien les participants à la concertation que l’opinion publique, via une rivière de publications sur Facebook. À partir de là, la polémique a pris une tournure dangereuse, exacerbant les préjugés et les clivages.
Certains juristes essaient de recentrer le débat sur les questions de fond en expliquant la définition et les enjeux des différentes formes d’État. Cependant, rien n’y fait : les explications et les opinions éclairées sont noyées par le déchaînement de critiques sur la manière dont se serait déroulé le « vote » et sur son issue durant la concertation nationale.
Le dernier mot
Selon les indiscrétions, des courants politiques auraient cherché, en coulisses, à profiter de cette plateforme pour promouvoir l’idée d’un État fédéral.
L’objectif aurait donc été de faire émerger l’État fédéral comme une aspiration dominante de la jeunesse. Visiblement, l’issue des débats n’a pas satisfait ses partisans. La polémique a, en effet, éclaté après l’annonce d’un résultat équilibré du vote sur la forme de l’État. Sur le fond, plusieurs estiment que le fédéralisme pourrait favoriser un développement équilibré et équitable sur l’ensemble du territoire.
Toutefois, la plupart des arguments soulevés au CCI et sur les réseaux sociaux ont consisté à cristalliser des clivages dangereux pour l’unité nationale. Les questions sur la manière de faire en sorte que la forme d’État qui sera actée pour la Ve République amène au développement équilibré et équitable souhaité ont, par exemple, été occultées. Dans une certaine mesure, certains ont aussi attisé cette polémique pour détourner l’attention d’un point sur lequel les jeunes sont unanimes : la dissolution de l’Assemblée nationale.
C’est probablement en prenant conscience que plusieurs questions de fond ont été passées sous silence que les rédacteurs de la résolution de la Concertation nationale des jeunes ont souligné que la confection des projets de Constitution à soumettre au vote de la population serait confiée à un comité technique. En effet, la plupart des participants aux débats du CCI ont semblé oublier qu’il s’agissait d’une concertation visant à recueillir les propositions de réformes souhaitées par les jeunes.
Comme l’a indiqué le colonel Randrianirina, cette proposition sera ensuite inscrite parmi les sujets qui seront débattus lors de la véritable concertation nationale. Bien que les tenants du pouvoir martèlent que la concertation nationale sera souveraine dans les décisions et les orientations politiques, le dernier mot appartiendra, au final, à la population, comme le reconnaît le chef de l’État. Ce sera au peuple de décider, par le vote, quelle Constitution sera le socle de la Ve République. Ce sera également au peuple d’élire ceux qui dirigeront le pays. D’ici là, il reste du temps pour recentrer les débats autour d’arguments techniques, plausibles et constructifs.
Garry Fabrice Ranaivoson

Un vote au moment opportun ??? On attend de voir !!!!!! Forme de l'Etat ===Diversion ???
RépondreSupprimerL’ethnie merina reste la cible privilégiée car on l’accuse de profiter du centralisme. Il faut savoir qu’en avance sur son temps, l’Imerina était déjà il y a deux siècles un royaume structuré, disposant d’une armée régulière et d’un gouvernement rompu à la diplomatie internationale. Mais la cohésion insulaire n’étant nullement réalisée au XIXe siècle, les Merinas furent perçus par les Malgaches de la périphérie comme forces occupantes et comme envahisseurs. La revendication de la décentralisation est ramenée au rang de simple slogan politique, utilisé pour accéder au pouvoir ! La centralisation à outrance est pratiquée par les politiciens qui sont soucieux, une fois élus, de garder le plus longtemps possible le pouvoir. Et recourent pour ce faire à la facilité des moyens les plus rétrogrades comme l’ethno-régionalisme. La revendication du fédéralisme sous une forme violente s’est manifestée une première fois dans la période 1991-1992, avec la crise de la décentralisation qui a accompagné l’échec de la « révolution socialiste » (1975-1991) du président Didier Ratsiraka.
RépondreSupprimerLe discours actuel présente Antananarivo comme un prédateur qui s’accrocherait au centralisme pour pouvoir survivre. Les contempteurs du « centralisme tananarivien » ont trouvé depuis quelques années un filon politique inépuisable : accuser la capitale de tous les maux.
De telles vérités crues sont minutieusement cachées au grand public par les bureaucrates car elles s’inscrivent en faux contre le « merina bashing » qui est devenu politiquement correct.
Un autre mythe cultivé par les partisans du fédéralisme concerne l’ordonnance 73-015 (prise par le général Ramanantsoa au lendemain de la révolution de 1972) qui, en supprimant les budgets provinciaux, est brandie comme la preuve ultime de la spoliation des 5 provinces par la capitale.
Les clans régionaux voient dans le fédéralisme une opportunité de verrouiller leur influence, de contrôler les ressources naturelles et de réduire l’ingérence du pouvoir central.
« Firenena Merina » (Nation Merina) se montre déterminé. « L’injustice territoriale, c’est la province d’Antananarivo qui la subit en ayant été privée d’un accès à la mer au moment de l’indépendance ».
Mais l’unité nationale est sacrée , le « fédéralisme » est une fuite en avant !