![]() |
| Le cacao de Madagascar est reconnu comme un « cacao fin» par l’organisation internationale du cacao. |
Un kilo de cacao malgache, transformé en chocolat puis vendu sur les marchés européens, peut générer une valeur largement supérieure au prix payé au producteur. Ce dernier ne perçoit que 0,2 % de la valeur finale, selon une étude de la Dre Amena Abdirassoul, experte en politique commerciale et enseignante à l’Université d’Antananarivo.
L’étude, consacrée à l’intégration du cacao malgache dans les chaînes de valeur internationales et portant sur la période 2000-2018, montre une forte asymétrie dans la répartition de la valeur créée par la filière. Le producteur malgache ne capte que 0,2 % de la valeur finale, contre 0,7 % pour l’exportateur. L’essentiel de la valeur est ainsi capté en aval de la chaîne, à l’étranger, notamment par les acteurs de la transformation et de la commercialisation.
Un levier contre la pauvreté
Le constat est d’autant plus frappant que le prix payé au producteur a fortement augmenté ces dernières années. Il est passé d’environ 1 500 ariary le kilo en 2016 à plusieurs dizaines de milliers d’ariary aujourd’hui. Cette progression améliore les revenus des producteurs, mais ne modifie pas fondamentalement la répartition de la valeur au sein de la chaîne internationale.
Selon les travaux d’Amena Abdirassoul, la hausse du prix international du cacao ne se traduit pas automatiquement par une amélioration des conditions de vie des producteurs. C’est surtout l’augmentation du prix effectivement payé au niveau local qui peut avoir un impact positif sur leurs revenus et contribuer à réduire la pauvreté.
Parallèlement, la production malgache de cacao a fortement progressé au cours de la dernière décennie, atteignant aujourd’hui près de 15 000 tonnes par an. Mais cette progression des volumes ne suffit pas à assurer une meilleure répartition des revenus dans les zones productrices, où la pauvreté demeure élevée.
Pour la chercheuse, l’un des principaux leviers consiste à transformer davantage le cacao à Madagascar. L’industrialisation de la filière permettrait de conserver une plus grande partie de la valeur ajoutée dans le pays, plutôt que d’exporter principalement une matière première dont la transformation et la commercialisation génèrent ensuite l’essentiel de la valeur à l’étranger.
Le défi est donc de faire en sorte que l’intégration de Madagascar au marché mondial du cacao profite davantage à ceux qui cultivent cette richesse. Exporter plus ne suffit pas : il faut aussi que les producteurs captent une part beaucoup plus importante de la valeur créée par le cacao malgache.
L'Express de Madagascar
